Le CCIF, fleuron de la nouvelle extrême droite française, par Naëm Bestandji

L’antisémitisme revendiqué du maître à penser actuel des frères musulmans, Youssef Al-Qaradhawi

Un autre exemple plus récent encore, celui de Youssef Al-Qaradhawi, grand penseur des Frères musulmans encore en vie. Antisémite notoire, il a eu maintes occasions d’exprimer sa “sympathie” envers les Juifs. Comme en janvier 2009 où il déclara sur Al-Jazeera : Tout au long de l’histoire, Allah a imposé [aux Juifs] des personnes qui les puniraient de leur corruption. Le dernier châtiment a été administré par Hitler. (…) C’était un châtiment divin. Si Allah veut, la prochaine fois, ce sera par la main des musulmans. (16) Ce théologien est encensé par l’ensemble de la nouvelle extrême droite française, dont l’UOIF et Tariq Ramadan.

Sous l’influence des islamistes, cet antisémitisme s’est évidemment répandu en Afrique du nord. Le décret Crémieux de 1870, accordant la citoyenneté française aux juifs d’Algérie, marqua le début de la fracture entre Juifs et musulmans du Maghreb. Les conséquences de ce décret facilitèrent la propagande islamiste quelques décennies plus tard. Dès les années 1930, de vives tensions entre Juifs et musulmans d’Afrique du nord éclatèrent en raison des évènements en Palestine. L’antisionisme commença à glisser dès cette époque vers l’antisémitisme inspiré de l’Europe. La naissance de l’État d’Israël en 1948 puis l’aggravation du conflit dans les années 1960 permirent à la fois aux islamistes, mais aussi aux pouvoirs politiques en place, de mieux l’instrumentaliser. Pour les régimes autoritaires post-indépendance du Maghreb, détourner l’attention vers la misère des Palestiniens était le moyen pour que les peuples se préoccupent moins de la misère chez eux. Ce qui contribue à éviter une déstabilisation des régimes. Cela leur permettait aussi d’apporter une pierre supplémentaire à la construction d’un sentiment panarabe. L’échec du panarabisme a ouvert un boulevard au développement du panislamisme.

Pour les islamistes justement, la cause palestinienne est le moyen, non pas d’aider les palestiniens en trouvant une solution au conflit, mais de créer un sentiment d’appartenance à la Oumma en identifiant chaque musulman de la planète aux musulmans de Palestine. Le maintien du conflit, en le confessionnalisant, est donc primordial. Et ça marche. Nombre de musulmans dans le monde sont plus sensibles à ce que vivent les Palestiniens qu’à ce que vivent leurs voisins de palier ou leurs concitoyens non musulmans.

Les conséquences furent négatives pour les Juifs du Maghreb qui, pour nombre d’entre eux, n’avaient pourtant pas de liens avec ce conflit. Tout ceci engendra un malaise, une discrimination de plus en plus importante, voire une insécurité physique. Résultat : entre 1948 et la fin des années 1960, la quasi-totalité des Juifs vivant dans les pays arabo-musulmans ont émigré, la plupart vers Israël dans un déchirement immense. Nombre de ces Juifs ne se remirent jamais d’avoir quitté leur Maghreb tant aimé. La plupart d’entre eux se considérait comme marocains, algériens ou tunisiens, avant de se considérer comme israéliens. Drôle ironie de l’histoire : en poussant les Juifs à quitter leur pays et donc à émigrer en Israël, les maghrébins musulmans, qui hurlent à l’injustice envers la Palestine aujourd’hui, ont été parmi les contributeurs à l’aggravation de la situation des Palestiniens.