Le CCIF, fleuron de la nouvelle extrême droite française, par Naëm Bestandji

Un antisémitisme idéologique

Si le Front National (FN) ne cesse jamais de nous rappeler les “racines chrétiennes de la France”, il oublie toujours de rappeler les racines antisémites de son parti. Dans son désir d’atteindre un degré de respectabilité suffisant, il tente par tous les moyens de mettre son histoire et ses bases idéologiques sous le tapis de notre mémoire. Cela passe par le gommage de son histoire, un lifting marketing, mais aussi, comme on le voit ici, par de multiples diversions en renvoyant par exemple l’antisémitisme vers les islamistes.

Or, depuis ses origines, toutes les tendances de l’extrême droite française sont représentées au FN.  D’Édouard Drumont à Jean-Marie Le Pen en passant par Pétain, du fantasme d’un complot juif mondial au négationnisme d’aujourd’hui, l’antisémitisme de l’extrême droite française traditionnelle est pavé de références qui se retrouvent toutes au sein du FN.

François Duprat en est un exemple. Cadre dirigeant du FN dans les années 1970, il était antisémite et négationniste. Il avait diffusé des ouvrages à la gloire du nazisme et des SS, ainsi que la traduction de diverses brochures telles que “Le Mensonge d’Auschwitz” ou “Six Millions de morts, le sont-ils réellement ?”.

Il y a également l’ancien militant des jeunesses hitlériennes et combattant SS, Franz Schönhuber, qui a été un proche dès Le Pen. Il avait “siégé à l’Assemblée européenne dans le même groupe que l’actuel président d’honneur du parti et a même écrit sa biographie.” (2)

Sans oublier les diverses déclarations de Jean-Marie Le Pen ces 40 dernières années qui illustrent cet héritage antisémite de l’extrême droite traditionnelle.

Mais si Marine Le Pen tente de faire diversion, elle n’a pas vraiment tort sur l’antisémitisme islamiste. Seulement, dans ses déclarations, elle use des mêmes méthodes que Marwan Muhammad. Ces deux extrêmes droites utilisent toujours des faits réels pour broder tout autour des faits qui ne le sont pas et/ou en occulter d’autres. Ce qui leur permet d’apporter des conclusions fausses mais qui servent parfaitement leurs intérêts.

Car si nous connaissons l’histoire antisémite de l’extrême droite traditionnelle, c’est moins le cas pour celle de la nouvelle extrême droite.

Depuis les origines de l’islam, les relations entre Juifs et musulmans ont parfois été houleuses, souvent fraternelles et fructueuses. Les liens sincères et profonds entre les deux communautés le sont encore bien plus qu’on ne le croit. L’excellente encyclopédie de l’”Histoire des relations entre Juifs et musulmans des origines à nos jours”, sous la direction de Abdelwahab Meddeb et Benjamin Stora (3), en retrace l’incroyable richesse sans en écarter les zones d’ombre. Car en terre d’islam, les Juifs n’étaient pas les égaux des musulmans. Mais ces riches relations, aussi imparfaites soient-elles, allaient être bouleversées au 20ème siècle par la conjugaison de trois éléments concomitants, la colonisation, le conflit israélo-palestinien et la naissance de l’islamisme contemporain menant vers une “salafisation” progressive de l’islam.