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Le CCIF, fleuron de la nouvelle extrême droite française, par Naëm Bestandji

Naëm Bestandji est un militant laïque et féministe, il fut longtemps travailleur socio-culturel auprès des enfants et ados des quartiers populaires. Il a également participé au développement du mouvement « Ni Putes Ni Soumises » à ses débuts, dont il a créé et présidé le comité de l’Isère.

Historien de formation, il a travaillé sur les thèmes: « histoire des femmes », « histoire de la laïcité » et surtout sur « l’islam radical et les femmes ». Sa double culture (français d’origine tunisienne), son vécu personnel, son expérience professionnelle puis militante, sa formation en Histoire, ainsi que ses recherches et réflexions l’ont amené à agir aujourd’hui avec sa plume pour contribuer à informer et sensibiliser ses concitoyens sur les dangers de l’intégrisme religieux, et de l’islam politique en particulier.
Nous publions ici le premier article de ce  feuilleton en 5 épisodes, une enquête minutieuse et argumentée sur le CCIF, ses références, ses méthodes et ses objectifs. De quoi faire le point sur les raisons que nous avons de penser qu’il mérite autant que le FN d’être ostracisé et combattu.

Un rapport à l’histoire très particulier

Marwan Muhammad qui donne une leçon d’Histoire à Marine Le Pen, c’est comme si Mac Donald donnait une leçon de gastronomie à Quick.

L’argument du tweet de M. Le Pen ne vole pas très haut, tout comme la réponse de M. Muhammad. Ces déclarations sont tout autant ridicules et manquent tout autant de connaissances historiques l’une que l’autre. D’autant plus que ce dernier ne cesse de comparer l’incomparable : la situation actuelle des (intégristes) musulmans en France à celle des Juifs dans l’Allemagne des années 30 (1), tout en ignorant ici l’antisémitisme historique au sein de l’islamisme. Marwan Muhammad n’a pas plus son “BEP Histoire” que Marine Le Pen.

Cette joute verbale est à l’image des ressemblances et de la complicité qui lient les deux idéologies représentées par ces deux personnes. Deux idéologies qui se positionnent dans un système de valeurs situé à l’extrême droite de l’échiquier politique. L’une est le fer de lance de l’extrême droite traditionnelle, l’autre est le fleuron de la nouvelle extrême droite française. On peut le constater ici par le populisme de leurs déclarations. Mais on l’observe aussi et avant tout par leurs racines historiques et idéologiques, à commencer justement par l’antisémitisme, ainsi que par leurs stratégies actuelles. Leurs points communs et leurs convergences sont si nombreux et demandent une telle analyse que je ne pouvais tout inclure dans un seul article. Je partirai donc de leurs accusations réciproques d’antisémitisme pour démontrer, dans une première partie, l’antisémitisme de chacun de leur courant. En privilégiant l’antisémitisme islamiste que l’on connait moins et qui a pourtant le vent en poupe. Cet antisémitisme commun s’explique par leurs lignées idéologiques racistes et totalitaires, que je développerai dans une seconde partie, au même titre que le côté décomplexé de la radicalité et du racisme islamiste, médiatiquement incarné aujourd’hui par le Collectif Contre l’Islamophobie en France (CCIF). Leurs idéologies racistes et totalitaires les rendent évidemment incompatible avec la démocratie. Une démocratie instrumentalisée par ces mouvements pour tenter d’atteindre le pouvoir (3ème partie). Leur rejet et instrumentalisation de la laïcité, ainsi que leurs partenariats, lèvent une partie du voile sur leurs réelles intentions. Alors comment est-il possible que cette extrême droite nouvelle réussisse à endormir, séduire, voire être soutenue par une partie de nos élites (intellectuels, politiques, journalistes), de la gauche et d’associations combattant théoriquement les valeurs de l’extrême droite ? C’est ce que j’analyserai dans une 4ème et 5ème parties.