Le CCIF, fleuron de la nouvelle extrême droite française, par Naëm Bestandji

En 1943, l’armée allemande se heurtait à la résistance des partisans de Tito en Bosnie. Hitler ordonna la création d’une nouvelle division SS parmi les Bosniaques. Amin Al-Husseini se rendit sur place pour jouer les recruteurs. Plusieurs milliers de musulmans s’engagèrent dans la division de Waffen SS “Handschar”. Dans la foulée, les nazis inventèrent le néologisme de “musulgermain”. Himmler décréta que les musulmans bosniaques étaient à classer parmi les peuples européens de classe supérieure. (8) Le Grand Mufti se chargea de leur formation et recruta des imams pour la division.

Le Grand Mufti inspectant la division de Waffen SS musulmane “Handschar”

A la défaite, Al-Husseini fut capturé par les français. Considéré comme criminel de guerre, il fut mis en résidence surveillée en région parisienne.

Concernant les tirailleurs, et contrairement à ce que dit Marwan Muhammad, ils ne se sont pas “opposés au génocide au péril de leur vie”. Les soldats “indigènes” ont versé leur sang pour la France, mais pas pour ces raisons. Aucun soldat d’aucune des armées alliées n’avait combattu pour empêcher la Shoah. Tout simplement parce qu’aucun d’entre eux n’était informé de l’existence des camps de concentration et encore moins de l’extermination des Juifs. Seule une poignée des états-majors alliés connaissait l’existence des camps. Et encore, même eux n’avaient pas mesuré l’ampleur de l’horreur. L’information fut connue de tous une fois la guerre terminée.

Ainsi, les tirailleurs, comme tous les autres soldats, avaient combattu pour libérer le pays et annihiler l’ennemi nazi (sans aucune justification religieuse). C’était leurs seules motivations. Ce que dit M. Muhammad est donc faux. En revanche, des musulmans (même s’ils étaient bien moins nombreux que les tirailleurs et que leur rôle a été négligeable) ont bien combattu pour Hitler, fortement soutenus par Amin Al-Husseini qui, avec son entourage, était parfaitement informé du destin des Juifs et agissait au nom de l’islam.

Une minorité qui devient une référence

Ces musulmans antisémites qui ont activement collaboré avec l’Allemagne nazie étaient une infime minorité comparée à l’ensemble des musulmans. Mais cette minorité est devenue une référence. Elle a posé les jalons de l’antisémitisme islamiste qui s’est dilué dans le monde musulman jusqu’à aujourd’hui.

La vie “professionnelle” du Grand Mufti était loin d’être finie. Il put s’évader de France et regagner l’Égypte grâce au soutien d’autres islamistes : les Frères musulmans. Leur destin idéologique ne pouvait qu’amener Al-Husseini et la confrérie à travailler ensemble. Dans les années 1930, l’antisémitisme des Frères musulmans allait de pair avec la détestation du colonialisme anglais. Hassan Al-Banna, le co-fondateur de la confrérie, eut logiquement très envie de collaborer avec Al-Husseini dans son obsession d’en découdre avec les Juifs en Palestine. Tariq Ramadan confirme la collaboration entre son grand-père et le Grand Mufti dans un de ses discours consacré à l’éloge de son aïeul (9).