Burkini à la piscine municipale de Grenoble : la mairie sous pression d’intégristes musulmanes

Militant laïque et féministe, Naem Bestandji a vécu à Grenoble dans un quartier populaire. Un quartier où avant les années 90, le port du voile était très minoritaire parmi les femmes musulmanes. Travailleur social, il a vu progressivement monter les revendications identitaires islamistes en miroirs d’événements internationaux. Au fil de la révolution islamique iranienne qui a”remotivé” les islamistes sunnites,  et au rythme des événements algériens qui vont conduire à la décennie noire” et au repli des membres du FIS en France.  Son récit est celui d’un témoin qui a vécu au jour le jour la montée de l’intégrisme, dans une région qui est devenu un point d’ancrage de nombre de partisans  d’un Islam politique très offensif (une mosquée a été interdite pour apologie du djihad armé début 2019, une école confessionnelle est sur le point de l’être).  Pour qui veut comprendre les racines des actions militantes qui se réclament d’un combat contre “l’islamophobie” tout en l’alimentant, ce long billet constitue un éclairage important.  

Billet posté sur le blog de Naëm Bestandji le 19 05 2019  Les intertitres sont de notre rédaction…

Depuis plus d’un an, les élus de la ville de Grenoble et de la Métropole d’agglomération subissent diverses pressions fomentées par un groupe de fanatiques religieuses soutenu par l’association “Alliance Citoyenne de l’Agglomération Grenobloise”. L’objet de cette association est d'”aider les citoyens à s’organiser pour faire face aux situations d’injustice en formant un contre-pouvoir capable d’obtenir des améliorations concrètes sur leurs conditions de vie.” Elle agit aussi bien sur les problèmes de logement que sur les discriminations au sens large. Son action dans les quartiers populaires la met en contact avec les habitants, et donc aussi avec les islamistes qui y vivent. Quelques-uns de ces derniers, dans leur stratégie victimaire pour faire avancer leur idéologie, apprécient particulièrement ce genre d’associations souvent composées de relativistes en mal de victimes à défendre. La rencontre avec certaines de ces islamistes se transforma en lune de miel. Depuis, leurs actions plus ou moins spectaculaires pour promouvoir l’intégrisme musulman et son corollaire ultra sexiste se multiplient.

Une nouvelle étape vient d’être franchie. Ces mêmes islamistes soutenues par la même association se sont baignées en burkini à la piscine municipale de Grenoble malgré l’interdiction, pour toujours mieux faire plier la mairie. Avant d’analyser leur rhétorique et arguments, il est nécessaire de comprendre pourquoi et comment Grenoble en est arrivée là.

“Salafisation” de l’Islam

Deux raisons majeures contribuèrent à développer l’islamisme en France. En 1979, la révolution islamique iranienne galvanisa les islamistes sunnites. Elle leur rendit une forme de fierté et se dirent aussi “s’ils y sont arrivés, pourquoi pas nous ?”. En 1981 en France, la loi de 1901 fut modifiée pour autoriser les étrangers à créer des associations. Ces deux évènements clés permirent aux intégristes de s’organiser : en 1983, des islamistes réussirent à rassembler plusieurs associations religieuses au sein d’une même union, l’Union des Organisations Islamiques en France (UOIF), branche française des Frères Musulmans. Parallèlement, de nombreux islamistes, dont des salafistes, fuyaient la répression de leur pays respectifs et se réfugièrent en Europe, notamment en France. Ce fut le cas d’islamistes algériens, mais aussi tunisiens et autres. Ils ont pu y assouvir sans entrave leur désir de prosélytisme en prenant le contrôle de salles de prière, en créant leurs propres associations “culturelles” ou bien en s’investissant dans des associations maghrébines laïques pour agir de l’intérieur. Ce fut le cas à Grenoble. La relégation dans des quartiers de plus en plus paupérisés et ethniquement homogènes, la crise économique subie de plein fouet par les immigrés, et le racisme persistant furent les autres facteurs qui permirent à la “salafisation” de l’islam de récolter ses premiers fruits dans les années 1980. Avec les années, les associations “culturelles”, qui sont en réalité cultuelles, se multiplièrent.

En décembre 1991 éclata la guerre civile algérienne (1991-2002) qui opposa le régime militaire aux islamistes. Cette guerre marquera durablement nos deux pays sur la question de l’intégrisme, du terrorisme, et de l’identité vécue par une partie des habitants des quartiers populaires français.

Les islamistes djihadistes exportèrent le conflit en France. D’abord par la série d’attentats et de tentatives d’attentats sur notre sol, fomentés par le Groupe Islamique Armée (GIA) dans les années 1990. Mais aussi et surtout par une nouvelle vague de réfugiés islamistes qui mirent leurs “compétences” à profit pour faire du prosélytisme dans les quartiers populaires.

Depuis les indépendances et la forte immigration économique puis de regroupement familial dans l’hexagone, les pays d’origine ont tout fait pour garder un contrôle, ou au moins un droit de regard, sur leurs émigrés. C’est particulièrement vrai pour Grenoble, notamment à travers des associations et y compris dans l’organisation du culte. Jusque dans les années 1990, les pays du Maghreb et la Turquie contrôlaient la quasi-totalité des lieux de culte et plusieurs associations, outils importants de leur politique intérieure et étrangère. Les rares mosquées et salles de prières se partageaient selon les pays d’origine.