« En prison, paroles de djihadistes », diagnostic sur la radicalisation

Elles proposent des actions individuelles, mais elles réfléchissent aussi beaucoup à faire des actions de groupe. Je pense par exemple à une association qui organise des visites au Louvre ou au Quai Branly avec des jeunes radicalisés, quelques personnes de l’assoce, mais aussi des « chibanis », c’est-à-dire les grands-parents, les vieux musulmans.

Ces chibanis étaient tout sauf radicalisés, et ils avaient des interactions avec ces jeunes, tout comme les membres de l’assceo. Et leur discours n’était pas leur dire “tu n’as rien compris à l’islam, tu as tort de te radicaliser”, mais c’était “il y a des choses que tu ne connais pas, donc on va te les transmettre, te les montrer”. C’est un exemple qui fonctionne très bien. Et surtout, ce qui est intéressant c’est que ce travail de réinsertion est fait pour l’individu dans son individualité mais aussi avec des groupes de gens.

On leur dit : « Voilà des gens vers qui tu peux aller. Tu peux aller vers des chibanis, tu peux aller au Louvre voir le département des arts islamiques avec d’autres personnes »… Car les activités culturelles, c’est aussi cela qui permet de structurer un groupe, qui aura alors une histoire commune, des intérêts communs. Cet aspect est primordial : il faut la prise en charge individuelle, mais aussi leur donner d’autres groupes vers lesquels aller car quand ils rentrent dans la radicalisation, ils se coupent de leurs familles, de leurs copains, de tout.

Quand on leur demande de couper avec le groupe djihadiste, ce qui est nécessaire et indispensable, que leur reste-t-il ? Souvent les familles ne veulent plus parler d’eux, et même dans le cas des familles qui sont toujours là, ce n’est pas suffisant : il faut un groupe d’amis avec qui on va revivre dans la société. Le groupe, c’est quand même le lien avec la société.

Vous publiez aussi un long verbatim d’un djihadiste qui raconte comment le récit de son cousin en Syrie lui a fait ouvrir les yeux sur la réalité sur place, loin de l’image fantasmée qu’il s’en faisait. En quoi la diffusion de tels témoignages pourrait-il être utile pour stopper les candidats au djihad ?
Parce que d’un point de vue humain, mais aussi philosophique, pour se sortir d’un embrigadement sectaire, il faut ouvrir les yeux sur ce qui n’allait pas. Puis, ensuite, il faut ouvrir les yeux sur d’autres choses vers lesquelles aller. Il est donc essentiel de proposer des groupes de socialisation, mais il faut aussi que ces détenus puissent comprendre. Cela ne suffit pas de dire : “Tu as tort.”