« En prison, paroles de djihadistes », diagnostic sur la radicalisation

Ce qui est intéressant, c’est de voir qu’en fait ils appliquent au pied de la lettre uniquement les principes qui les intéressent, pas ceux qui les gênent. Et quand on cherche les versets ou références religieuses dont ils veulent se servir, l’exemple de l’alimentation est bon. Ils veulent quelque chose qui soit pur, c’est-à-dire qui ne soit imprégné d’aucune influence autre que ce qui a existé depuis la révélation du Prophète – alors même que le Coran dit qu’il est possible de manger la nourriture des autres monothéismes.

Mais justement, comme ces derniers sont apparus avant le Prophète, ce n’est pas quelque chose d’acceptable pour les djihadistes, car c’est quelque chose qui vient d’avant leur histoire, qui renvoie à la souillure, à l’impureté. Et cela ne concerne pas que la nourriture, mais aussi les rapports sociaux, les relations sexuelles… Absolument tout.

Il y a deux attitudes face à la pureté. On peut se dire : je suis croyant, ma religion m’indique une façon par laquelle je peux me purifier et accéder à un état de pureté, et ainsi sortir de la souillure. Ou alors, on se dit : je suis de cette religion, donc je suis pur, donc je ne peux pas me purifier plus, le seul danger est que je sois souillé et contaminé. La vision des djihadistes correspond à la seconde attitude.

Vous affirmez que, malgré tout, “le débat public (…) ne doit pas empêcher la quête de sens existentielle, la quête de spiritualité, qui est une démarche personnelle ne pouvant pas s’inscrire autrement que dans la vie commune” et qu’il est “indispensable d’utiliser de façon constructive le besoin de transcendance des candidats au djihad et de reprendre, réinterpréter et ré-orienter leur discours religieux imprégné des mythes archaïques et modernes”. Comment faire ?

La loi de 1905 qui a instauré la séparation de l’Eglise et de l’Etat dit dans son article 2 que “la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte”. Et, dans son article 3, il est écrit que l’Etat assure à ce que les différentes religions puissent avoir des lieux qui leur soient dévolus dans l’espace public : dans les aumôneries, dans les écoles, dans les hôpitaux, dans les prisons…

Ce qu’il faut donc bien comprendre, c’est que la loi de 1905 – dans laquelle le mot “laïcité” ne figure pas d’ailleurs – affirme que la religion n’a pas à se mêler des affaires de l’Etat et réciproquement, mais que les affaires de l’Etat, ce n’est pas la même chose que le discours public. Donc cette loi autorise mais aussi garantit que les religions ont une existence dans l’espace public, dans une place limitée et délimitée.