Naëm Bestandji : « En luttant contre l’islamisme, on lutte aussi contre l’extrême droite »

Le problème, c’est que les musulmans modérés, progressistes, sont peu entendus. J’ai fait la promotion d’une intellectuelle tunisienne qui est progressiste et musulmane. Il y a eu des commentaires sur Facebook qui disent : « Les progressistes, ils veulent déformer le Coran » et « Finalement, ceux qui ont tous compris, ce sont les salafistes, puisque de toute façon l’islam est rétrograde ».  Ce sont des discours d’extrême droite que les gens ne réalisent pas. Ils n’arrivent pas à comprendre que dans le mot « musulman », il y a différents courants, pas que des intégristes.

NB2Pour l’instant, les intégristes sont dominants, notamment sur le plan médiatique. Et ils ont réussi à faire passer l’idée que leur islam c’est l’islam véritable et que tout discours à côté qui vise à avoir une autre vision de la religion, beaucoup plus dans l’esprit du message du Coran, plutôt que tout prendre à la lettre, serait une vision dévoyée. Et que tout musulman progressiste est un musulman qui trahit sa religion, qui finalement veut s’axer sur un islam light pour pouvoir s’adapter à la République et au monde moderne. Ça sous-entend que l’islam est irréformable, incompatible avec la démocratie, que les vrais musulmans sont les islamistes et que les autres sont des traîtres. Ce discours, je l’entends tous les jours et pas seulement chez les islamistes et à l’extrême droite mais aussi chez les gens qui ont assimilé que le voile est quelque chose de normal, que le voile est musulman, que le discours du CCIF est un discours de défense des musulmans.

VdH : Bien que certains militants cherchent à exacerber le clivage gauche/droite sur le sujet de l’islamisation pour mieux taxer leurs opposants d’islamophobes, des personnalités de gauche comme Caroline Fourest, Michel Onfray, Jacques Julliard ou Elisabeth Badinter sont engagées dans ce combat contre le radicalisme religieux. On l’a vu aussi à l’occasion de la pétition contre l’antisémitisme musulman. Y voyez-vous le signe d’une prise de conscience collective ?

N.B. : Michel Onfray est quelqu’un d’assez à part, on a parfois l’impression qu’il dit tout et son contraire. Elisabeth Badinter est très cohérente depuis l’affaire du voile à Creil en 1989, c’est une des premières à avoir eu un discours clair sur le voile, ce n’est pas nouveau. Au sujet de la tribune des 300 contre l’antisémitisme islamiste, ce n’est pas une prise de conscience de ceux qui l’ont rédigée, ils ont déjà conscience de ça. C’est l’actualité qui a poussé à faire cette tribune, même si elle n’est pas parfaite. J’ai beaucoup écrit sur l’antisémitisme islamiste car j’y ai été confronté. Je ne suis pas juif, je suis d’origine maghrébine et de culture musulmane. Mais j’ai constaté des propos antisémites, on me qualifie par exemple « d’agent du Mossad ». L’antisémitisme est très fort depuis vingt, trente ans. Je vois que ça monte par rapport au conflit israélo-palestinien mais aussi par le prosélytisme des islamistes. Cet antisémitisme là est réel, il est grave et pourtant… il y a encore des gens qui veulent le relativiser. Encore une fois, on relativise car cela vient d’une population d’opprimés. On les dédouane soit en leur expliquant que ce n’est pas leur faute, soit c’est qu’on exagère car on est raciste.