Naëm Bestandji : « En luttant contre l’islamisme, on lutte aussi contre l’extrême droite »

VdH : A quels phénomènes avez-vous assisté ?

N.B. : Un des phénomènes auxquels j’ai assisté est l’extension du nombre de femmes voilées. Ensuite, il y a aussi tous les discours qui vont avec, l’apartheid sexuel, même dans les écoles primaires. Je sais très bien qu’autour de chez moi, il y a des revendications religieuses. Des parents qui à Noël, demandent à ce que le sapin soit retiré au nom de la laïcité, alors que le sapin n’a rien de religieux, sauf si on met un petit Jésus dessus. Ces parents ne savent donc pas ce que c’est. Il y a aussi des parents qui rouspètent car on appelle ça « fêtes de Noël », « vacances de Noël ». On va préférer dire « vacances d’hiver ». Ces mêmes parents viennent revendiquer par exemple de la viande halal, toujours au nom de la laïcité.  Je connais des parents qui ont décidé de retirer leurs enfants de l’école publique pour les mettre dans le privé car leurs enfants commençaient à avoir des pressions d’autres enfants, recevaient des insultes racistes de la part d’enfants musulmans. Le racisme envers les enfants « blancs » et non musulmans s’installe à mesure que la ghettoïsation s’accentue. Il y a des enseignants complètement désarmés.

« Avant, les lieux de culte étaient tenus uniquement « par nationalité » je dirais. Aujourd’hui, ils sont aussi tenus par telle frange de l’islam »

Je parle d’école maternelle et primaire. Ce sont des choses que j’ai personnellement constatées. Dans mon travail, j’ai vu des discours de plus en plus religieux, des jeunes qui se surveillent entre eux pour savoir qui fait le ramadan et qui ne le fait pas. Il y a des horaires aménagés à la piscine, pour des femmes qui se présentent comme musulmanes. Pour moi, ce sont des intégristes. Il y a des femmes musulmanes qui vont se baigner, qui sont en maillot de bain sans problème. La question n’est pas qu’elles soient musulmanes mais intégristes musulmanes, ce n’est pas la même chose. Voilà ce que je constate. Dans les marchés, depuis quelques décennies, les islamistes sont présents, ils tiennent par exemple une quête financière à l’entrée du marché, pour la Palestine. Il y a une visibilité habituelle, des influences et conséquences aussi concrètes. Des associations islamistes demandent telle aide ou tel aménagement à la mairie, ça arrive très souvent.

Il y a aussi des lieux de culte qui étaient auparavant plutôt tenus par les pays d’origine, comme le Maroc, l’Algérie, la Tunisie. Il y a eu un basculement dans les années 1990, où les islamistes sont arrivés en France et fuyaient la répression dans leurs pays. Ils ont commencé à verrouiller les lieux de culte en France. Il y a des luttes de chapelle pour contrôler tel lieu de culte. Les Frères Musulmans contrôlent telle salle de prière, le Consulat algérien telle autre.  Avant, les lieux de culte étaient tenus uniquement « par nationalité » je dirais. Aujourd’hui, ils sont aussi tenus par telle frange de l’islam. Il y a aussi un autre phénomène auquel on pense peu : les cours d’arabe. Quand j’étais petit, les cours d’arabe étaient donnés par les MJC (Maison des Jeunes et de la Culture) ou par le Consulat, dans des lieux laïques. Petit à petit, un basculement s’est produit. Les cours d’arabe ont commencé à être donnés par des associations religieuses, qui se présentent comme culturelles mais qui sont cultuelles. Il y a eu un transfert, il n’y a plus de cours d’arabe dans les MJC. Ce sont des religieux qui donnent des cours d’arabe. Ce sont des évolutions que je ne suis pas le seul à avoir constatées. Les religieux les plus populaires qui donnent des conférences sur l’Islam sont des intégristes, comme Tariq Ramadan.