Focus sur les « repats », ces enfants d’immigrés qui partent vivre sur les terres de leurs parents

« Les difficultés sont quasiment toutes liées au choc culturel, même si on pense avoir certains codes, confirme Yasmine Cissé, métisse de parents maliens et slovaques, 27 ans, qui a quitté Paris pour créer son agence de communication à Bamako il y a sept ans. On peut être dérouté par des situations, par exemple certaines blagues sur les noms de famille qu’on peut trouver très déplacées dans un milieu professionnel quand on a grandi en France. Mais on peut aussi tourner le jeu à notre avantage. »

Climat, habitudes culturelles, déplacements…

Dans la vie quotidienne, il n’est pas toujours simple de se faire à la poussière, aux coupures de réseaux de télécommunication ou d’électricité… « On finit par s’habituer, quand on peut trouver un endroit avec un groupe électrogène c’est super ! rassure Yasmine Cissé. On trouve au marché des lampes sur batteries, on prend le pli. Mais c’est vrai qu’il fait très très chaud, la saison des pluies est dense… » Les déplacements, aussi, sont différents. « A Paris, beaucoup ont l’habitude de marcher alors qu’ici, c’est très peu adapté pour les piétons. Il faut apprendre la vie véhiculée. En France, le client est roi. Ici, les taximen ne sont pas des Uber, il faut prévoir l’appoint pour les régler, sans quoi ils peuvent se fâcher. Mais on apprend vite qu’il suffit de les prévenir et on s’arrête en chemin pour faire la monnaie. »

« Le confort européen me manque peu », assure Aminata, 38 ans, qui a quitté Cergy (Val-d’Oise) il y a un peu plus d’un an. Après des années dans un cabinet d’études marketing et un licenciement économique, elle se lance dans un projet agricole. « J‘avais remarqué que beaucoup de récoltes se périment sur le bord des routes », explique-t-elle. Quand son père est rentré au pays, elle a décidé de le suivre et il lui a confié l’exploitation de 3 hectares. « En parallèle, je travaille sur des recettes avec du jus de bissap, de mangue… Les produits agricoles périssent vite avec le soleil et la population se limite à la consommation brute. Moi, je les transforme pour pouvoir les conserver. »

«Les moments de doute font partie de l’aventure. Il y a plein d’autres choses positives aussi», analyse Aminata. LP/A.F.
«Les moments de doute font partie de l’aventure. Il y a plein d’autres choses positives aussi», analyse Aminata. LP/A.F.  

Elle ne s’attendait pas à ce que ce soit simple, elle n’est pas déçue mais elle tient le cap. « C’est difficile d’avoir des contacts de confiance et partenaires de confiance, de trouver du personnel qualifié contrairement à ce qu’ils disent en se présentant. Par exemple, quand on a eu une invasion d’insectes, un employé a mis un produit chimique alors qu’on voulait une culture plus respectueuse de l’environnement. Pour nous, les conséquences peuvent être très graves puisqu’il a brûlé l’exploitation. Eux ne s’en rendent pas compte. Mais je sais qu’ils ont d’autres problèmes… »

Qu’on ne s’y méprenne pas, elle ne regrette rien. « Les moments de doute font partie de l’aventure. Il y a plein d’autres choses positives aussi », s’enthousiasme Aminata. En un an, elle a « été recrutée par une entreprise malienne pour faire la promotion de la mangue à Berlin où [elle] a rencontré un agriculteur qui [l]’a formée dans le Jura ». « J’apprends aussi beaucoup sur moi, je deviens patiente, confie-t-elle. Et partager mon expérience avec mon père, le soutien de mes frères et sœurs, ou découvrir le pays autrement, c’est quand même quelque chose ! »