Focus sur les « repats », ces enfants d’immigrés qui partent vivre sur les terres de leurs parents

«Mon père ne comprenait pas que je quitte un bon boulot en CDI»

Si sa mère lui a donné sa tontine (système d’épargne collective dont chacun des membres bénéficie à tour de rôle) pour l’aider à se lancer, son père est plus perplexe. « Mon papa disait que s’ils étaient partis, ce n’était pas pour rien ! A ce moment-là, j’étais commercial grands comptes chez American Express, contextualise le jeune homme. Il ne comprenait pas que je quitte un bon boulot en CDI. C’est tout juste s’il ne me soupçonnait pas de vouloir aller me la couler douce au soleil… » Une boutique à Bamako plus tard, puis une deuxième à Dakar, et les craintes sont envolées. « Avec le temps, il est super fier », sourit celui qui emploie maintenant une vingtaine de salariés.

Depuis, il savoure son nouveau mode de vie. « En France, tout est speed tout le temps, explique-t-il. On consomme sans arrêt, on sort au ciné, au resto… Alors qu’ici, le temps est plus lent, on se recentre sur les moments en famille. » Ce qui ne l’empêche pas de succomber à la frénésie des achats lors de ses retours à Villiers-le-Bel, deux fois par an mais « rarement plus de 10 jours ». Dans ses deux pays, il sait tirer parti de sa double culture. « Je m’adapte et ça me sert plus que ça ne me dessert », résume Diadié, heureux de contribuer à l’économie du Mali. Comme 63 % des repats qui sont « rentrés parce qu’ils voulaient avoir un impact sur le continent » précise AfricaFrance.

Un processus qui peut s’avérer complexe

Mais attention, la transition n’est pas évidente. « C’est une chose de venir en vacances, s’installer en est une autre », insiste Halimatou Nimaga, consultante de la Banque mondiale, repat depuis 2017 et trésorière de l’Union des ambassadeurs. « On doit casser cette illusion que beaucoup de futurs repats ont du Mali, renchérit Koudiedji Sylla, journaliste et membre de l’association. On ne dresse que des portraits de gens qui ont fait fortune, ce qui donne une image erronée. » D’où l’idée de « fédérer [leurs] forces et préparer à la réalité du terrain pour limiter le nombre de projets qui s’arrêtent », reprend Halimatou Nimaga.

Et les obstacles sont nombreux. Pour les déminer, l’association tient une permanence mensuelle, en ligne par temps de Covid. Ceux qui sont passés par là partagent leur expérience et préparent les esprits pour que les nouveaux ne tombent pas dans les mêmes écueils.