Souleymane Bachir Diagne : “L’éducation est la seule vraie réponse aux défis auxquels l’islam fait face”

Extraits de l’interview du philosophe Souleymane Bachir Diagne dans  le Point Afrique 

Le Sénégal, pays à majorité musulmane, est un phare de la démocratie sur le continent. En quoi l’islam, selon vous, est-il compatible avec la démocratie ?

Il est tout à fait pertinent de rappeler que le Sénégal a une solide tradition démocratique. Parce qu’au fond la fameuse question de la compatibilité de l’islam avec la démocratie n’est pas une question théorique. C’est une question éminemment pratique. Si on regarde dans le monde le nombre de pays musulmans qui sont des démocraties, ils ne sont pas très nombreux, mais ils existent. Et leur nombre va en augmentant. Donc la réponse à la question de la compatibilité entre islam et démocratie ne peut qu’être pratique, empirique. Car, si on pose cette question en considérant les seuls aspects théoriques, en se demandant ainsi si quelque chose dans l’essence même de l’islam s’oppose à quelque chose dans l’essence même de la démocratie, une telle question ne peut pas trouver de réponse. Il suffit de la poser pour n’importe quelle religion pour se rendre compte de cela. Si je pose la question de savoir si le catholicisme est compatible avec la démocratie, et si je regarde l’histoire du catholicisme, des révolutions et des contre-révolutions en France, j’ai tendance à répondre non. Mais, si je considère l’histoire de la République en France au XXe siècle, alors j’ai tendance à dire oui. Donc la réponse à la question de la compatibilité entre quelque religion que ce soit et la démocratie est toujours d’ordre pratique. De ce point de vue, des pays comme le Sénégal, la Tunisie, la Turquie, l’Indonésie, la Malaisie ou encore d’autres, en dépit de régressions démocratiques conjoncturelles toujours possibles, sont en train de faire la preuve que démocratie et islam peuvent parfaitement coexister.

Alors que Daech et Al-Qaïda terrorisent la terre entière, où situez-vous les défis que l’islam doit relever en ce début de XXIe siècle ?

Malheureusement, le terrorisme est aujourd’hui universel. Les musulmans, par conséquent, font face à cet énorme défi dont ils sont – il faut le rappeler – les premières victimes. Les pays les plus touchés par le terrorisme sont en effet les pays musulmans. Qui plus est, ce terrorisme, qui se réclame de la religion musulmane, défigure cette dernière. Et celle-ci est, au surplus, défigurée par ceux qui considèrent que l’islam serait naturellement porteur de violence, comme l’attestent les nombreux propos islamophobes qui ont libre cours dans la conjoncture.

Face à ce défi, le monde musulman doit répondre en particulier en faisant en sorte que la transmission aux jeunes générations de l’islam comme tradition spirituelle et intellectuelle que cette religion est – et qu’on a tendance à oublier aujourd’hui – puisse effectivement s’opérer. L’islam n’est tout de même pas né le 11 septembre 2001 ! C’est important de le dire, car aujourd’hui il y a une crise de la transmission. C’est donc un défi majeur auquel l’islam doit répondre.