Les jeunes se (re)mobilisent : un vent nouveau souffle sur l’engagement

Le vivier est là, pourtant : les deux tiers des 16 000 lycéens sondés à ce sujet, en 2018, par le Cnesco, organisme d’évaluation du système scolaire, ont fait part de leur désir d’engagement à l’âge adulte. Avec, d’emblée, une préférence exprimée pour les « actions ponctuelles » et spontanées, non affiliées à une organisation traditionnelle.

Qu’est-ce qui les fait « bouger » ? Parmi les causes à défendre, on retrouve, d’une consultation à l’autre, le triptyque liberté-égalité-fraternité. Le réchauffement climatique, la pauvreté, le chômage, les violences, le sort fait aux migrants sont autant de « moteurs » mis en avant par les jeunes Français, comme par leurs camarades européens. « On a aussi vu revenir, après la vague d’attentats, les valeurs d’ordre, le patriotisme, la défense du pays, observe la sociologue Anne Muxel. Même le service militaire, rejeté par la génération d’avant, trouve un certain écho. »

L’influence de Greta Thunberg
Les intéressés, eux, parlent de leurs motivations avec simplicité. Ce qui les a « mis en mouvement », disent-ils, c’est une rencontre, une lecture, un film, une « actu » ; des « proches en difficulté », des « amis à aider ». L’envie de « se sentir utile », plus que le « débat d’idées ».

« Quand je regardais autour de moi, adolescent, je voyais des camarades décrocher scolairement », raconte Achraf Manar, 23 ans, en master d’innovation à Paris-I. Après une enfance à Bordeaux, il s’installe, adolescent, avec sa famille en Auvergne. « Là, s’orienter n’allait pas de soi. Je le ressentais aussi quand je rendais visite, en vacances, à mes cousins marocains. Moi, j’avais bougé, j’arrivais à me projeter ; eux beaucoup moins. » Son diplôme d’ingénieur en poche, Achraf a intégré le programme de mentorat Different Leaders lancé par l’association Article 1. « Pour déjouer les déterminismes sociaux et aider à la réussite de nos cadets », défend-il.

Pia Benguigui, 22 ans, reconnaît volontiers une « part de hasard » dans son parcours. « Ma prise de conscience environnementale, je la dois beaucoup à la conjonction entre la montée du sujet dans l’actualité – porté par la figure de Greta Thunberg – et les rencontres que j’ai pu faire en arrivant à Sciences Po », explique la présidente du Réseau français des étudiants pour le développement durable.

L’actualité – ou ce que les jeunes en perçoivent – les occupe souvent bien plus tôt que l’âge légal d’accès aux réseaux sociaux – entre 13 et 15 ans. C’est en « tombant » sur des images d’abattoirs, à 14 ans, que Sacha Ghnassia, 19 ans aujourd’hui, a décidé de devenir végan. Puis de créer la première association d’adolescents végans, entre Paris et Tel-Aviv, en Israël, où il a passé son bac l’an dernier.