Les jeunes se (re)mobilisent : un vent nouveau souffle sur l’engagement

Le passage à l’action peut être aussi ponctuel qu’intense. Il y a vingt-cinq ans, le sociologue Jacques Ion théorisait déjà, dans ses travaux sur les mutations du militantisme, un engagement flexible, répétable successivement en différents lieux, réversible. « Beaucoup de jeunes, certes animés d’idéaux, sont davantage preneurs d’expériences concrètes que de causes à défendre pour toute une vie », défend-il encore aujourd’hui.

« Ils sont mobilisés suivant les modalités et les codes de leur temps, analyse aussi Geoffrey Pleyers, chercheur au FNRS – le pendant belge du CNRS. Ils “sont” écolos, ils “sont” féministes, ils “sont” antiracistes… Ils tendent à incarner la cause, plutôt qu’à se définir comme militants de telle ou telle cause. »
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Cette mobilisation s’ancre davantage dans le quotidien qu’elle ne s’affiche collectivement : on mange autrement ; on s’éclaire, on se lave, on se déplace autrement ; on achète des vêtements d’occasion ; on partage les « écogestes »… « C’est l’activité menée personnellement qui est au centre de l’engagement », résume un autre observateur de la vie associative, Philippe Maguin. Avec la conviction que chacun, en montrant l’exemple dans sa vie de tous les jours, peut contribuer au changement.

Notion fourre-tout
Tous les jeunes ne s’engagent pas, loin de là. Dans ce domaine comme dans d’autres, la jeunesse, notion fourre-tout dont se méfient les chercheurs, ne forme pas un groupe homogène : jeunesse en études et jeunesse non scolarisée, jeunesse déjà en emploi et jeunesse qui n’en trouve pas, jeunesse des centres urbains et jeunesse qui en est loin n’ont de l’engagement ni la même vision, ni le même besoin.

Les freins sont connus : manque de moyens au sein d’une génération marquée par la précarité. Manque d’intérêt, pour certains. « Manque d’informations, manque d’occasions », énumère Marie-Pierre Pernette, déléguée générale de l’Anacej, association visant à promouvoir la participation des plus jeunes à la décision publique.

Sur le plan politique, le volontarisme est de mise : on le voit avec l’essor du service civique et, plus récemment, avec le lancement du service national universel, promesse de campagne du candidat Macron. « Mais dans la culture française, l’école continue de primer et d’occuper quasiment toute la place dans la vie des adolescents », regrette cette spécialiste. Sans parler de la frilosité des grandes associations à leur confier des responsabilités.