Les jeunes se (re)mobilisent : un vent nouveau souffle sur l’engagement

Ces arguments – « l’obligation de résultats », « l’engagement au quotidien », « en actes » –, les sociologues les entendent aussi dans les témoignages qu’ils recueillent. A rebours du discours sur la démobilisation ambiante, ils dressent le portrait d’une génération marquée par la panne de l’ascenseur social, mais qui s’invente de nouvelles modalités d’engagement, d’autres usages de la citoyenneté.

Les enquêtes ne manquent pas à ce sujet. Près d’un jeune sur deux (47 %) a, en 2020, signé une pétition ou défendu une cause sur Internet, un blog ou un réseau social, selon le baromètre 2020 de la direction de la jeunesse, de l’éducation populaire et de la vie associative (Djepva, Injep-Crédoc) qui s’attache à décrypter les comportements des 18-30 ans. Un ratio en augmentation de 11 points en cinq ans.

Cette enquête confirme la tendance à la hausse de l’engagement bénévole : celui-ci a concerné 40 % des jeunes, avec une évolution positive pour la troisième année consécutive. La participation à des manifestations, à des grèves ou à des occupations a progressé chaque année de 2 points entre 2017 et 2020, pour impliquer 19 % des jeunes.

Agir autrement
Toutes les formes d’engagement ne suivent pas cette tendance. Ainsi de la « concertation publique », exercice cher à la Macronie, qui n’attire pas – ou peu – les plus jeunes. On l’a vu lors du mouvement des « gilets jaunes », dont ils sont restés en retrait ; idem du grand débat national lancé dans la foulée. Leur adhésion à un parti est également marginale et orientée à la baisse. Ce n’est pas une découverte : l’élection de 2017 est passée par là, marquée par le fort abstentionnisme des jeunes autant que par leur vote protestataire, aux deux bords de l’échiquier politique.

Des comportements résumés, « à tort », disent les chercheurs, à une forme de dépolitisation, ce dont ils ne relèvent pas. « Les jeunes témoignent d’une forte défiance envers le système politique et ses représentants, observe Anne Muxel, directrice de recherche au CNRS. Mais leur confiance démocratique résiste au développement d’une citoyenneté de plus en plus critique. C’est dans cette posture paradoxale qu’ils deviennent citoyens, et cela les pousse à des mobilisations marquées, parfois radicales, à la recherche de résultats immédiats. »

Y compris là ou on ne les attend pas. Le blocage à la Sorbonne, en mars 2020, d’une représentation des Suppliantes, d’Eschyle, par des étudiants et des militants dénonçant une mise en scène « racialiste », a pris de court le monde universitaire.