Copiées d’un pays à l’autre, comment les intox fabriquent des stéréotypes racistes sur les migrants

Ces images n’ont pourtant rien à voir avec l’arrivée de migrants maghrébins ou africains en Europe ces dernières années. Elles ont été prises en 1991, alors que des milliers d’Albanais fuyaient leur pays, en proie à des affrontements armés et des pénuries de nourriture, pour rejoindre l’Italie.

Le migrant « fort et musclé » qui « vient faire la guerre »

Après l’immense émotion suscitée par la photo du petit Aylan, jeune garçon syrien retrouvé mort sur une plage de Turquie, les internautes ont tenté par plusieurs moyens de déconstruire l’image du migrant en danger, en proie à la faim et au froid, qui fuit son pays en guerre. L’objectif ? Stopper les élans de solidarité, alors légion.

La première tentative a été d’accuser les médias d’avoir falsifié et manipulé l’histoire de ce jeune garçon syrien, mort lors de la traversée de la Méditerranée, parce que les médias seraient « partisans » et « complices des instigateurs du grand remplacement », selon des sites anti-immigration. Des pages conspirationnistes ont par exemple affirmé que le corps d’Aylan avait été déplacé par les journalistes qui voulaient faire une photo « plus touchante ». Ce qui est faux, comme l’expliquent ici nos confrères des Décodeurs, du journal Le Monde.

Photos publiées en 2013 sur un blog australien.

Ces photos sont un autre exemple de manipulation visant à semer le doute dans l’esprit des internautes. En Italie, en Pologne, aux États-Unis et au Royaume-Uni, des internautes ont publié ces images en expliquant que les migrants ou les Syriens n’étaient pas « en train de mourir de faim », qu’ils étaient des « soldats » qui « viennent faire leur guerre plus ou moins sainte ». L’objectif de cette désinformation est de véhiculer une image menaçante des migrants prétendument prêts au combat et pouvant à tout moment se retourner contre leurs pays d’accueil.

Mais ces hommes musclés ne sont pas des migrants arrivés en Europe récemment. Ces photos ont en fait été prises en Australie, sur l’île Christmas, en 2013, et ont ensuite été publiées sur ce blog, mais l’identité de ces individus arrêtés par la police australienne n’a pas été clairement établie.

Le migrant « assisté », qui vit avec les aides sociales

Cette catégorie regroupe les fausses informations concernant les aides sociales perçues par les migrants. En Turquie comme en France, des groupes antimigrants et des personnalités politiques proches de l’extrême droite ont prétendu que les réfugiés avaient droit à une carte bancaire créditée chaque mois de plusieurs centaines d’euros. En France, des membres du Front national ont répandu ce mensonge, photo à l’appui.

Capture d’écran de la page Facebook de Bernard Monot, député européen du Front national.

Si l’allocation pour demandeur d’asile existe bien en France, elle s’élève à 6,80 euros par jour et par personne, complétée de 4,20 euros si la personne n’a pas accès à une place d’hébergement, explique L’Obs. Pour atteindre le chiffre de 40 euros mis en avant par ce membre du Front national, il faudrait une famille de 10 personnes, qui toucheraient précisément un forfait de 37,40 euros par jour.

“À gauche, des Syriens attendent de recevoir leur salaire devant la Poste … À droite, des citoyens de mon pays qui vendent des fruits et légumes pour quelques sous”, peut-on lire sur cette capture d’écran d’un tweet publié le 23 février 2017.

En Turquie, on retrouve le même mécanisme. Plusieurs publications, partagées massivement, ont affirmé que les réfugiés syriens recevaient un salaire via la PTT, l’entreprise publique postale turque. Pour appuyer ce propos mensonger, plusieurs images de Syriens faisant la queue devant les postes turques les accompagnaient.