Copiées d’un pays à l’autre, comment les intox fabriquent des stéréotypes racistes sur les migrants

En France, des pages proches de l’extrême-droite ont affirmé à partir du 18 mars 2017 qu’il s’agissait d’un migrant agressant des infirmières dans un hôpital français.

En Turquie, une page laïque a ensuite prétendu qu’il s’agissait d’un Syrien attaquant une femme médecin dans un hôpital, sous-entendant que celui-ci se trouverait en Turquie.

En Espagne, des internautes ont quant à eux affirmé sur Twitter que la scène montrait un musulman dans un centre de santé espagnol.

Il est difficile de savoir de quelle manière les pages se sont influencées les unes les autres, et où elles ont trouvé la vidéo.

Dans ces trois pays, le vocabulaire vient véhiculer des messages différents : en France, on s’attaque à l’étranger migrant, en Turquie, au Syrien – qui y jouit d’un statut administratif de réfugié particulier – et en Espagne, à l’identité religieuse du migrant, musulman. Pour les propagateurs de ces mensonges, l’idée est d’associer ces groupes à un comportement violent et à une forme d’ingratitude à l’égard des « avantages sociaux » dont ils profiteraient.

Le migrant « terroriste »

 

Cette photo serait une « preuve » que de nombreux terroristes se trouvent parmi les migrants arrivant en Europe [« migrants de l’État islamique » (sic), selon certains internautes], qu’ils s’attaquent à la police allemande et qu’ils brandissent des drapeaux de l’organisation jihadiste État islamique en pleine rue.

Elle a été massivement partagée sur les réseaux sociaux dans au moins six pays : la France, le Royaume-Uni, les États-Unis, la Suède, la République tchèque et la Macédoine, entre les mois de septembre et d’octobre 2015, alors que la chancelière allemande Angela Merkel venait d’annoncer vouloir débloquer 6 millions d’euros pour accueillir 800 000 demandeurs d’asile.

La photo a clairement été prise en Allemagne, mais elle a été sortie de son contexte. Elle montre des manifestants islamistes qui s’opposaient en 2012, soit bien avant le début de la crise migratoire, à un défilé de l’extrême droite près de Düsseldorf, en Allemagne, précisent nos confrères de Libération Désintox.

L’objectif des propagateurs de fausses nouvelles d’autres pays est de dénoncer la politique d’accueil engagée par l’Allemagne et de pointer du doigt les prétendus « risques » qu’il y aurait à accueillir des migrants. Bref, de créer un amalgame entre demandeurs d’asile et membres de l’organisation État islamique, et de faire de l’Allemagne un pays laxiste, où ces derniers pourraient manifester en toute tranquillité.

Le migrant « violeur d’Européennes »

Ce photomontage montre 16 personnes qui auraient prétendument été violées et agressées par des migrants en Europe. Il a été massivement partagé dans six pays différents : AllemagneGrèceItaliePays-BasRoyaume-Uni et France.

Cette fausse information s’inscrit dans une catégorie plus large qui associe les migrants à la criminalité. Environ 30 % des 162 intox étudiées relèvent de cette thématique, avec de faux faits divers relatant viols et meurtres, visant essentiellement des femmes européennes, voire des fillettes.