Confessions d’un radicalisé : «Je me lève Daech, je mange Daech, je vis Daech»

À l’époque, courant 2014, le conflit en Syrie s’envenime. C’est aussi l’époque où Djebril fréquente le forum islam du site jeuxvideo.com et fait la connaissance de ses futurs coaccusés. Sur la toile, cet « indécis » découvre que les opinions de ses coreligionnaires divergent. La majorité plaide pour un islam modéré. Mais il est également « happé » par les vidéos des prêcheurs de haine. « Je suis resté scotché […]. Les vidéos de l’Islam modéré sont beaucoup moins attrayantes que celles des terroristes », admet-il.

Toujours en recherche, Djebril pousse les portes d’une mosquée de Marseille (Bouches-du-Rhône), la plus proche du terrain de foot où il a l’habitude de jouer. Une fréquentation qui va ébranler ses penchants radicaux tout neufs : « J’ai écouté le prêche et j’ai été choqué. C’était en complète contradiction avec ce que j’avais vu dans les vidéos. Par exemple, l’imam disait que les terroristes étaient des rebelles par rapport aux musulmans. » Troublé, ce jeune homme psychologiquement fragile hésite. Les imams ou la propagande sur Internet ? « Dans les vidéos que je regardais, ils faisaient comprendre que les imams de France mentaient. J’ai commencé à croire les terroristes. Là, c’est vraiment un tournant pour moi car je considérais que l’islam modéré mentait. »

Un départ en Syrie envisagé, avant de réfléchir à un attentat en France

La bascule s’opère et Djebril découvre qu’un groupe « se distinguait parmi les autres » : Daesh. « Dans ces vidéos, ils disaient carrément qu’il fallait venir en Syrie car je vivais sur une terre de mécréants, que le djihad était obligatoire et que si on ne faisait pas le djihad, on était pire que des mécréants, qu’on n’était pas des hommes. Et que si on ne pouvait pas venir, il fallait faire un acte en France », se souvient-il. De fait, Djebril et ses comparses envisagent d’abord de se rendre sur zone mais renoncent à leur projet à l’automne 2014 après l’audition administrative d’un des leurs par les services de renseignement.

Sous perfusion du discours extrémiste, de son propre aveu « à l’affût » de chaque nouvelle vidéo, l’ancien militaire s’isole. « Je suis hypnotisé, confesse-t-il. Je me lève Daech, je mange Daech, je vis Daech, confesse-t-il. J’ai arrêté de sortir, de voir des filles, de jouer à la console. C’est à ce moment-là que j’ai coupé les ponts, même avec des membres de ma famille. » Sa mère confirmera d’ailleurs la désocialisation et l’isolement croissant de ce fils dépressif qu’elle voit s’enfermer dans sa chambre avec son téléphone. À Noël 2014, il refuse de passer les fêtes chez sa grand-mère car « il ne fallait pas faire comme les mécréants », préférant allumer son téléphone et passer sa soirée « à regarder Daech ». « Je passais ma vie dans ma chambre, Youtube, Daech, Youtube, Daech […] Je n’étais pas musulman, j’étais Daech. J’étais endoctriné », avoue-t-il.