Rapport Netizen : les militants égyptiens incarcérés auront-ils droit, un jour, à la justice?

Le 19 octobre, la plus haute Cour d’appel égyptienne a reporté au 8 novembre le procès de l’éminent blogueur et activiste Alaa Abd El Fattah [fr]. Le père et mari de 36 ans a été une voix prépondérante dans les manifestations de 2011 qui ont conduit au renversement de l’ancien président Hosni Mubarak. (publié par Global Voices.)

Abd El Fattah purge actuellement une peine d’emprisonnement de cinq ans pour avoir enfreint la loi égyptienne sur les manifestations, qui interdit les manifestations publiques sans autorisation préalable de la police. Il a déjà purgé trois ans et demi de sa peine. A l’audience de jeudi, le juge s’est dessaisi du dossier et l’a renvoyé à un autre service. Il a invoqué “une gêne” sans fournir d’autres éclaircissements.

Abd El Fattah est poursuivi pour avoir avoir participé à une manifestation dénonçant les procès militaires de civils en novembre 2013. Bien que plusieurs personnes ayant participé à la manifestation aient été arrêtées, elles ont ensuite toutes été libérées ou graciées, à l’exception d’Abd El Fattah.

Dans une autre affaire, Abd El Fattah est passible d’une peine de prison supplémentaire pour avoir insulté le système judiciaire égyptien pour son manque d’indépendance dans un tweet. Cette accusation découle de commentaires qu’il a fait lors d’un procès controversé en 2013 au cours duquel 43 travailleurs d’une ONG furent condamnés à une peine de prison après avoir été reconnus coupables de diffamation envers le système judiciaire égyptien.

En 2016, le Groupe de travail des Nations Unis sur la détention arbitraire a conclu que la détention d’Alaa Abd El Fattah était “arbitraire” et a identifié plusieurs irrégularités dans son procès. Selon le groupe, “M. Abd El Fattah n’a pas bénéficié de son droit à un procès équitable respectant les règles des procédures internationales,”.

Depuis le coup d’état militaire de 2013 en Égypte, qui mit fin au régime du président élu Mohamed Morsi, et porta au pouvoir le général Abdel Fattah al-Sisi, des milliers de militant, de journalistes et de manifestants ont été emprisonnés. Des groupes de défense des droits de l’homme affirment que 60.000 prisonniers politiques du système judiciaire égyptien croupissent en prison. Les violations du système comprennent les mauvais traitements, les arrestations sans mandat, les longues détentions en attente de jugement, les procès en masse, les procès militaires et une augmentation inquiétante des condamnations à mort.

Dans un autre cas bien connu en Égypte, le procès du photographe Mahmoud Abu Zeid (connu sous le nom de Shawkan) a une fois de plus été reporté. Shawkan, qui est en détention provisoire depuis cinq ans, comparaîtra de nouveau devant le tribunal le 24 octobre. Il fut arrêté en août 2013, lorsqu’il photographiait des agents de sécurité égyptiens abusant de la force contre des manifestants s’opposant à l’éviction de Mohamed Morsi.