“Prévenir la radicalisation, une nécessaire coopération entre société civile et pouvoirs publics”, par Pierre Henry

Editorial :  Pierre Henry, président de France Fraternités 

La radicalisation est un processus qui associe le plus souvent un extrémisme religieux et /ou politique et qui a un moment donné va amener l’individu à basculer vers la violence. L’islamisme n’en a pas le monopole . L’extrémisme de l’extrême droite est un danger qui doit être également prévenu .

Tout en soulignant la difficulté de repérer le caractère spécifique de la radicalisation, à la lumière de nombreux travaux et évaluation, s’impose comme une évidence la nécessité d’établir un lien entre problématiques éducatives , processus de radicalisation et passage à l’acte. Il s’agit souvent de prévenir une dérive délinquante qui au bout du parcours va se confondre avec la radicalisation.

Plusieurs niveaux d’intervention dans l’action publique doivent être distingués.

1) la prévention primaire, générale, collective intervenant massivement en amont du processus de radicalisation.

a) Elle suppose d’intervenir au plus près des territoires et avec eux. Les services proposés doivent être intégrés au plus près des collectivités et en laissant une large place à l’interdisciplinarité.

b) La société civile a un rôle spécifique à jouer dans la promotion de l’esprit critique et la déconstruction des stéréotypes . C’est à elle qu’il revient d’organiser en priorité un contre discours notamment sur les réseaux sociaux à propos des fake news , des thèses complotistes, voire d’interprétations erronées des versets du Coran.

c) Les pouvoirs publics ont la responsabilité
– de soutenir les initiatives concrètes émanant de la société civile, de favoriser la coopération avec les communautés d’origine tout comme la recherche académique sur l’analyse de ce phénomène aux causes multiples.
–  de promouvoir le sentiment d’appartenance à la société d’accueil notamment pour les nouveaux arrivants, de renforcer les programmes d’éducation aux droits de l’homme , d’armer les jeunes contre les discriminations.

2) la prévention secondaire ciblée sur des personnes radicalisées permettant à la fois un suivi sécuritaire et un accompagnement dans la durée.

Considérant la frontière extrêmement ténue entre délinquance et terrorisme, il y a la nécessité du renforcement du suivi des personnes sous contrôle judiciaire avec la nécessité d’un élargissement du champ de la détection notamment dans certains sports et une surveillance accrue du contenu de certains enseignements religieux.

Entre logiques sociales et sécuritaires , chacun convient de la difficulté de la tâche , de sa complexité mais le politique (et l’opinion publique ) exigeant des résultats , il convient de rechercher l’efficacité maximale dans l’emploi de la ressource publique sans jamais porter atteinte à ce qui est l’essentiel de nos sociétés : la démocratie et la liberté des individus.

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