Confessions d’un radicalisé : «Je me lève Daech, je mange Daech, je vis Daech»

Jugé ce lundi pour le projet d’attentat au sémaphore de Port Vendres, Djebril a livré aux enquêteurs un récit très fort relatant son processus de radicalisation. Un document rare que nous avons pu consulter.

article de Timothée Boutry  publié par le Parisien le 8 avril 2018 

Ce n’est pas un interrogatoire mais un long monologue. Une confession même, de près de dix pages. Le 14 juillet 2015, à 20h45, Djebril A. fait face à deux policiers de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) dans les locaux de l’antenne de Marseille. C’est sa cinquième audition de garde à vue. La veille, ce jeune homme alors âgé de 23 ans a été interpellé. Les services de renseignement le suspectent d’avoir fomenté, avec deux complices, un attentat contre un site militaire, le sémaphore du Fort-Béar à Port-Vendres(Pyrénées-Orientales).

Les trois hommes, qui assurent qu’ils avaient finalement abandonné ce funeste projet, sont jugés à partir de ce lundi à Paris par la cour d’assises spécialement composée. Lors de cette audition, Djebril A. se livre spontanément avec une rare authenticité. L’ancien matelot dépressif raconte par le détail le processus d’endoctrinement qui l’a fait basculer dans l’islamisme radical, au point d’imaginer commettre un attentat. Mais il explique aussi comment il a su s’engager dans la voie de la rédemption. Par sa précision et sa lucidité, ce procès-verbal dont nous avons pris connaissance revêt un caractère exceptionnel.

Entrée dans la Marine en 2013, Djebril apprécie l’esprit de camaraderie qui règne au sein de la formation. Mais, pour son plus grand dépit, il n’embarque pas sur un navire à l’issue de ses classes. Le Marseillais est affecté au sémaphore du Fort-Béar. « Quand je me suis retrouvé en poste, je me suis retrouvé seul et j’ai commencé à réfléchir et à travailler sur moi. J’ai compris que mon rêve était brisé », déplore-t-il. Atteint psychologiquement, le jeune homme consulte un psychiatre et enchaîne les arrêts maladie : « Ça a été dur pour moi car j’ai compris que j’étais en dépression. J’ai compris que j’étais en échec. Étant un peu perdu, j’ai cherché quelque chose pour me raccrocher. »

«Je cherchais un sens à ma vie»

Cette bouée, ce sera l’islam. « Je me suis tourné vers l’islam car c’était une période où je cherchais une base solide, où je cherchais un sens à ma vie. J’étais seul, vraiment seul », précise-t-il aux enquêteurs. Même s’il se décrit « de culture musulmane », Djebril n’a aucune connaissance religieuse. Il se tourne donc vers Internet. Funeste choix. « Il est vrai que je suis tombé sur beaucoup de sujets terroristes […] Du coup, moi qui ne connaissais rien de la prière et comment faire les ablutions, je suis tombé sur des personnes qui paraissaient habitées, qui se présentaient comme un exemple à suivre », relate-t-il.