Le projet de musée de l’histoire de la France et de l’Algérie est relancé

La réactivation de cet ancien projet était l’une des préconisations du rapport Stora sur la réconciliation franco-algérienne. Le futur musée de l’histoire de la France et de l’Algérie pourrait être installé à Montpellier

article par Roxana Azimi publié sur le site lemonde.fr/afrique le 07 07 2021

C’est l’une des vingt-deux recommandations du rapport de l’historien Benjamin Stora sur la réconciliation franco-algérienne, remis en janvier à Emmanuel Macron : réactiver le projet de musée de l’histoire de la France et de l’Algérie, sabordé en 2014.

« C’est un enjeu majeur, martèle aujourd’hui ce spécialiste de la décolonisation. Il y a une nécessité de montrer, de démontrer, de faire circuler toutes ces mémoires blessées, de se regarder les uns, les autres, en miroir. » Son vœu ne restera sans doute pas lettre morte. D’après nos informations, le chantier vient d’être relancé par l’Elysée et la métropole de Montpellier (Hérault), où des études de faisabilité ont été lancées en juin.

« Peu de dossiers avancent aussi vite », se félicite Michael Delafosse, maire PS de la ville qui, le 10 février, lors d’un entretien avec le président de la République, s’était positionné pour accueillir le musée. « Emmanuel Macron pousse le sujet, confirme Benjamin Stora. Il est volontariste sur la question comme aucun autre président ne l’a été avant lui. »

L’histoire remonte à 2002, quand Georges Frêche, président de la communauté d’agglomération de Montpellier, décide de créer un musée de l’histoire de la France en Algérie. La dénomination voulue par les pieds-noirs hérisse les autres communautés. Elle sera rectifiée en 2010 par son successeur, Jean-Pierre Moure, qui, pour embrasser toutes les mémoires le rebaptise « musée de l’histoire de la France et de l’Algérie ».

Déminer le sujet
Un comité scientifique composé d’historiens de renom est mis en place, une conservatrice désignée, et quelque 20 millions d’euros dégagés pour rénover l’hôtel de Montcalm, qui devait l’accueillir, ainsi que pour l’achat d’œuvres. Pour déminer le sujet, inflammable s’il en est, Florence Hudowicz, conservatrice de la collection, préconise des expositions temporaires. « On voulait démarrer en 2018 avec une exposition sur la France et l’Algérie durant la guerre de 14-18 », se souvient Benjamin Stora, déjà très impliqué dans le conseil scientifique.

Patatras, à peine élu maire, le socialiste dissident Philippe Saurel enterre le projet en 2014, préférant créer, en lieu et place, un centre d’art contemporain, le Mo. Co. Craignait-il de se trouver sous les feux croisés des pieds-noirs et de la communauté algérienne de la ville ? Les membres du conseil scientifique crient au gâchis financier et intellectuel et lancent une pétition. En vain.