France-Algérie : la réconciliation mémorielle à la peine

La tentative de réconciliation mémorielle France-Algérie est à la peine. Près d’un mois après sa remise à Emmanuel Macron, le rapport de l’historien Benjamin Stora sur l’apaisement des mémoires de la colonisation et de la guerre d’Algérie tarde à trouver son débouché politique.

article par Frédéric Bobin publié sur le site lemonde.fr le 17 02 2021

L’Elysée n’a toujours pas fait connaître ses intentions sur les recommandations avancées par l’historien, qui a proposé le 20 janvier une « politique des petits pas » sous la forme de « passerelles » à dresser entre la France et l’Algérie « sur des sujets toujours sensibles » (disparus de la guerre, séquelles des essais nucléaires, partage des archives, coopération éditoriale, réhabilitation de figures historiques…).

Le silence de M. Macron pèse d’autant plus sur le climat de scepticisme qui a entouré la réception du rapport que, de l’autre côté de la Méditerranée, les réactions algériennes ont été globalement négatives. Alors que le ton semblait s’être adouci dans la presse au lendemain du retour, le 12 février, du président Abdelmadjid Tebboune à Alger après son hospitalisation en Allemagne, la crispation était de nouveau de mise mercredi 17 février avec la fin de non-recevoir officielle opposée au rapport Stora par le porte-parole du gouvernement, Amar Belhimer. Ce dernier a estimé que le rapport était « non objectif » et « en deçà des attentes » [d’Alger] car plaçant « sur un pied d’égalité la victime et le bourreau ».

Face à cette double hypothèque politique, Benjamin Stora, qui était pressenti pour présider la « commission Mémoire et vérité » – chargée de la mise en œuvre pratique des recommandations du rapport –, a décidé de « se mettre en retrait » et d’« attendre » que le pouvoir politique prenne des initiatives, a-t-il confié au Monde. « La balle est maintenant dans le camp de l’Elysée, précise-t-il. Je ne peux pas continuer à prendre des coups, seul, en première ligne. »

La question des « excuses »
En France, le rapport a suscité peu de réactions à droite – hormis un tweet du maire de Perpignan Louis Aliot (Rassemblement national) qualifiant le texte de « honteux » –, tandis que La République en marche (LRM) était aux abonnés absents. A gauche, les Verts, le Parti communiste (PCF), La France insoumise (LFI) et des élus socialistes ont exprimé leur soutien aux propositions de M. Stora. Du côté des « groupes de mémoire » directement intéressés, seuls les harkis ont manifesté leur déception, les autres (pieds-noirs, anciens appelés, enfants issus de l’immigration algérienne) s’étant peu exprimés.