Comment le monde sportif lutte contre la radicalisation en Ile-de-France

Formation d’agents «lanceurs d’alertes», contrôle du casier judiciaire des bénévoles… Pour contrer la radicalisation dans les clubs de sport, les autorités veulent multiplier les mesures.

article par Cellule enquête avec Gilles Tournoux publié sur le site leparisien.fr le 06 01 2020

Au premier abord, l’audience de ce jeudi de décembre au tribunal de Bobigny (Seine-Saint-Denis) ne semblait pas avoir de lien avec une dérive communautaire. Le responsable d’une salle de sport de la ville était jugé pour « maintien en activité malgré une fermeture administrative ».

Et pourtant… A l’intérieur de cette salle, durant le ramadan, une affiche indiquait clairement que l’espace habituellement dédié aux exercices d’abdominaux sur des tapis de sol était désormais dévolu à la prière. Et une adhérente effectuait son jogging sur un tapis de course en burqa, au risque de se prendre les pieds dedans.

Trois fermetures en Île-de-France en 2019
En 2019, selon le ministère des Sports, près de 7000 établissements sportifs ont été contrôlés, dont 130 en lien avec la prévention et la détection de phénomènes de radicalisation. Au total, cinq fermetures administratives ont été prononcées, dont trois en région parisienne. Officiellement, pas pour ces dérives très difficiles à prouver, mais pour un problème d’assurance, un défaut d’hygiène, un non-respect des normes de sécurité ou des obligations relatives aux éducateurs.

En Essonne, le club de football de Lisses, près d’Evry, a été fermé cet été, officiellement pour des problèmes de comptabilité. Mais l’association, soupçonnée de prosélytisme, était dans le viseur des autorités depuis plus d’un an et des cartons de djellabah ont été trouvés dans les locaux.

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A Bobigny, les collectivités et l’Etat ont donc appuyé sur des leviers administratifs pour interdire toute pratique dans la salle de sport «suspecte»: une bonbonne de gaz était par exemple entreposée près d’une sortie de secours, juste à côté du matériel pour démarrer le barbecue. Après des visites « très pédagogiques », la préfecture a émis un arrêté de fermeture en mars 2019.

«J’avais remédié aux manquements, je pensais que j’avais l’autorisation », plaide le gérant qui sera finalement condamné par le tribunal à… 1000 euros d’amende.

« Fermer une structure n’est jamais un plaisir, car ce sont tous les habitants d’un quartier, parfois déjà très enclavé, qui se retrouvent sans cet accès au sport, assure un proche du dossier. Là, il y avait des méconnaissances de la part des gérants, mais je ne pense pas qu’il y avait une réelle volonté d’embrigader les licenciés. Le communautarisme est davantage lié à la population qui fréquentait ce lieu. »