À Auschwitz, un monde s’écroule pour beaucoup de jeunes musulmans

Ce récit d’un enseignant allemand  sur les visites mémorielles sur le site d’Auschwitz.

Un récit traduit par le Huffington post qui n’a apparemment pas trouvé les moyens de traduire le documentaire qui accompagne la publication originelle, mais un récit éloquent sur l’impact de ce genre d’initiatives..

Les jeunes se tiennent là, contemplant la photo, muets et pleins d’effroi: elle est pourtant tout à fait inoffensive, cette jeune fille avec un canard jouet.

Du moins jusqu’à ce que le regard s’imprègne de l’arrière-plan: des lits prévus pour deux adultes, dans lesquels seize enfants sont parqués. Des lits du camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau.

 Chaque année, depuis 2012, avec dix jeunes musulmans, nous allons visiter en Pologne l’ancien camp de concentration où 1,1 million de personnes ont été exterminées.

Mes collègues et moi tentons, avec le programme « Jeunes musulmans à Auschwitz », de remédier à l’antisémitisme dont il est tant question ces temps-ci, dans la communauté musulmane et aussi dans le reste de la société.

« C’est un peu macabre »

La photo des enfants n’a jamais manqué d’émouvoir tous ceux qui la voient. Parfois, j’aperçois même les larmes couler.

Il y a trois ans, nous avions rencontré là-bas une famille israélienne, dont le grand-père avait été interné dans ces baraques pour enfants. Leurs sanglots étaient si terribles que nous en avions été physiquement secoués.

 Deux de nos jeunes se sont spontanément portés vers eux pour leur exprimer leur compassion. Dehors, ils ont longuement parlé avec la dame israélienne. Pour les deux bords, cela avait représenté une expérience bouleversante.
 L’un des jeunes m’avait ensuite déclaré: « C’est quand même un peu macabre que ce soit à Auschwitz que j’aie eu, pour la première fois, une conversation humaine avec une juive. »

 

L’antisémitisme comme moyen d’affirmation de soi

J’ai grandi à Duisburg-Obermarxloh, en Allemagne. Pour beaucoup de gens, ce quartier est, comme on dit, un « territoire interdit » en raison de la présence de très nombreux jeunes musulmans.

« Hé, le Juif, passe la balle! » C’est le genre de phrase que s’échangent là-bas les jeunes pour se rabaisser les uns les autres. Israël et les juifs passent pour les ennemis; les musulmans, pour les victimes.

C’est une vision de l’histoire simpliste, en noir et blanc, répandue par certains parents, certaines écoles coraniques et des contacts sur les réseaux sociaux.

Là où les cours d’histoire échouent

Et les cours d’histoire n’y font rien.

D’une part, parce que cet enseignement se concentre sur la période qui s’arrête en 1945 et n’aborde pas ce qui a un lien avec l’antisémitisme et agite beaucoup de jeunes, c’est à dire le conflit actuel au Proche-Orient, avec les récits antijuifs propagés, entre autres, par le Hamas.