Radicalisation et désengagement : les leçons de la « décennie noire » en Algérie

De plus, l’État islamique a fait du cyberjihadisme un élément majeur de sa stratégie d’action, prenant soin d’enrober nombre ses exactions d’une esthétique hollywoodienneparticulièrement en phase avec la web culture des jeunes générations.

Encore embryonnaire dans le Maghreb des années 1990, Internet n’a pas été un vecteur de séduction ou de communication stratégique pour les islamistes algériens. Les cassettes audio ont, néanmoins, pu contribuer à la propagande du projet califal.

Comment l’Algérie a combattu et réinséré les islamistes

L’expérience de l’Algérie apporte également quelques éclairages sur la déradicalisation et le débat sur la « bombe à retardement » que représenterait le retour des djihadistes français. Le terme de désengagement serait d’ailleurs plus adéquat pour rendre compte de l’approche privilégiée par ce pays.

Celui-ci s’est appuyé sur une double stratégie à la fois répressive et inclusive, mixant une politique d’éradication des islamistes violents avec des dispositifs de réinsertion sociale pour ceux n’ayant pas commis de crimes de sang (assassinat, meurtre..) et de viols.

Hassan Hattab, l’ancien chef islamiste « retourné » par les services algériens.Wikimedia

En effet, la loi sur la Concorde civile, adoptée le 8 juillet 1999, par référendum prévoyait l’abandon des poursuites judiciaires contre les islamistes qui déposeraient les armes, non coupables de crimes de sang, de viols et d’attentats à l’explosif dans les lieux publics. Cette initiative aurait permis de désengager plus de 6 000 islamistes des maquis algériens.

Par ailleurs, les autorités locales n’ont pas hésité à coopérer avec d’anciens djihadistes dans leur stratégie de lutte contre le terrorisme. Ainsi, l’ex- membre du GIA et fondateur du GSPC (Groupe salafiste pour la prédication et le combat), Hassan Hattab, a été coopté par les services de sécurité dans le but de déjouer des actions terroristes.

Cette politique de réinsertion sociale et professionnelle, facilitée en grande partie par la hausse exceptionnelle des cours du brut du début des années 2000, semble – au moins à court terme – avoir porté ses fruits. Bien que la salafisation de la société soit une réalité régulièrement déplorée par les intellectuels algériens, le niveau de la violence à l’intérieur du pays a considérablement diminué.

La société renferme néanmoins des zones de tension latente entre la population majoritaire et ces ex-jihadistes bénéficiaires des généreuses politiques de réinsertion (licences de commerces, crédits bancaires..). De plus, l’impasse politique dans lequel se trouve le pays menace sa stabilité, et d’aucuns prédisent que la dégradation de la conjoncture économique pourrait être l’étincelle qui mettra fin à ce fragile statu quo.

En France, une approche sécuritaire et répressive

En France, les centaines de combattants de retour des zones syro-irakiennes ont été répartis dans plusieurs établissements pénitentiaires. Contrairement à d’autres pays qui capitalisent sur l’expérience d’anciens djihadistes désengagés (Grande-Bretagne) ou qui investissent massivement sur la réinsertion sociale (Danemark), l’approche française est essentiellement sécuritaire et répressive. Influencé par une opinion publique encore traumatisée par la vague d’attentats commis sur le territoire national, le débat est surtout focalisé sur le degré de dangerosité de ces acteurs.

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