Radicalisation et désengagement : les leçons de la « décennie noire » en Algérie

À l’inverse, avec près d’une centaine de nationalités, le vivier de recrutement de Daech a eu un caractère éminemment globalisé. Ce dernier forme une mosaïque sociologique beaucoup plus complexe et hétérogène, agrégeant des jeunes hommes et femmes, attirés certes par le projet d’une société musulmane idéale mais également par des motifs aussi divers que la quête d’adrénaline, le désir d’escapisme, d’héroïsation ou encore de réparation (inceste, viols…)

Les carburants de la radicalisation en Algérie

Une autre distinction réside dans le mode de propagation des idées djihadistes. En Algérie, la radicalisation de la jeunesse s’est principalement réalisée à l’ombre des mosquées, seules véritables espaces d’expression et de contestation en dehors des radars étatiques. C’est à l’intérieur de ces espaces que se sont cristallisés et développés des discours de rupture véhiculant l’idée d’une altérité irrémédiable entre le « eux » et le « nous ».

Ces discours se sont fondés sur la forte bipolarisation qui caractérise la société algérienne post-coloniale, les masses populaires arabophones contre des élites politiques francophones inamovibles depuis l’indépendance. Les islamistes algériens n’ont jamais manqué de pointer cette fracture identitaire et certaines contradictions de la junte au pouvoir qui prônait une arabisation à tout-va du pays mais qui prenait toujours soin d’envoyer ses enfants étudier à Paris, Londres ou Genève.

Défilé des vétérans de la guerre d’Indépendance, le 5 juillet 2017, à Alger. Ryad Kramdi/AFP

Le sentiment de hogra (mépris) et la généralisation de la rechoua (corruption) ont été les carburants de cette radicalisation. La décennie noire a également été alimentée par l’expérience des moudjahidins afghans. Ces combattants algériens partis combattre l’envahisseur soviétique avec le soutien logistique des Américains durant la décennie 1980 ont souvent constitué le noyau dur des GIA.

Daech, une diffusion horizontale

En France, les mosquées n’ont pas été des espaces majeures de radicalisation et nombre de recherches tendent même à illustrer une forte déconnexion de ces jeunes vis-à-vis des instances de socialisation à caractère islamique (militantisme, associations islamiques, etc.).

Beaucoup de djihadistes avaient une pratique religieuse très limitée. Ce constat d’une faible orthopraxie religieuse (au moins avant leur départ sur zones de combat) semble encore plus vrai si l’on se focalise sur les parcours de vie des djihadistes passés à l’action violente sur le territoire national (frères Abdeslam, frères Kouachi…).

Les idées djihadistes se sont déployées de manière horizontale via des espaces de rencontre et de socialisation extrêmement variés (Internet, prisons, halls d’immeubles, clubs de sport..). Ceci a eu pour effet de diluer le phénomène sur l’ensemble du corps social, le rendant par là même difficilement détectable par les services de renseignement.

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