Mamadou Gassama, le premier jour du reste de sa vie

Le héros, qui a sauvé il y a six mois un enfant suspendu dans le vide au quatrième étage d’un immeuble, intègre ce lundi la prestigieuse brigade des sapeurs-pompiers de Paris. Nous avons passé quelques heures avec lui.

article signé Aurélie Foulon et publié sur le site du parisien.fr, le 02 12 2018

C’est le grand jour pour Mamadou Gassama (prénom figurant sur ses papiers d’identité et prononcé « Mamoudou » par ses proches). Six mois après son spectaculaire sauvetage d’un enfant de quatre ans en escaladant quatre étages de la façade d’un immeuble, le désormais Franco-Malien poussera ce lundi matin la porte d’une caserne de pompiers parisienne pour intégrer la prestigieuse brigade, dans le cadre d’un service civique de dix mois.

Une nouvelle vie pour ce jeune homme qui, à seulement 22 ans, en a déjà vécu mille autres. Discret malgré la vidéo de ses exploits qui a fait le tour du monde, sa parole reste rare. Après le tourbillon qui l’a accaparé tout l’été, son entourage a préféré le préserver. « La médiatisation, au début, a été très compliquée pour lui », raconte Djeneba Keita, adjointe (PCF) de Montreuil (Seine-Saint-Denis), qui est devenue pour lui une sorte d’attachée de presse.

Son premier réflexe a été d’appeler Lassana Bathily, le héros de l’Hyper Cacher. « Je les ai laissés tous les deux dans mon bureau, pour qu’ils puissent discuter librement de leur expérience », explique Djeneba Keita. « Lassana est devenu comme un frère », sourit Mamadou.

Reconnu dans la rue

Après deux mois de silence, « pour prendre le temps de se poser, de s’adapter et de se préparer » à rejoindre les pompiers, le héros a accepté de sortir de sa discrétion. Sollicité trois fois en 200 m par des passants souhaitant se prendre en photo avec lui, il s’attable timidement dans un café, entouré de son frère aîné et de Djeneba, qui le couve comme une mère poule. Ensemble, ils l’aident parfois à rendre la discussion plus fluide, les cours de français qu’il suit depuis quelques mois ne lui permettant pas encore de toujours trouver ses mots.

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Mamadou (au centre), reconnu par des passants à Montreuil (Seine-Saint-Denis)./LP/A.F.L’air un peu gêné de parler de lui, Mamadou raconte son histoire qui commence bien avant le sauvetage du 26 mai dernier. Dans son Mali natal, il n’est jamais allé à l’école. « Je cultivais le mil avec ma famille. » Il rêve de l’Europe, où vivent ses deux frères aînés. A 15 ans, il se lance, seul, dans un voyage d’un an. « Je suis passé par le Burkina, le Niger, la Libye… » Mamadou passe sous silence l’esclavage, la torture et les geôles qu’il a connus là-bas. Sa première tentative d’atteindre l’Italie échoue. Il y parvient finalement, après avoir été récupéré en mer par un navire humanitaire. « C’est là-bas que j’ai commencé à faire de la musculation, avec des copains qui allaient à la salle », se souvient-il.

Naturalisé, logé et médaillé

Un loisir qui lui permettra de grimper à la force de ses bras, en une trentaine de secondes, la façade d’un immeuble de la rue Marx-Dormoy, le 26 mai dernier. Ce soir-là, son grand frère Diaby est contacté par la police et les pompiers. « J’ai abandonné la Ligue des champions pour le rejoindre à l’hôpital Lariboisière où il devait être ausculté après ses efforts », se souvient-il avec fierté.