L’histoire de l’esclavage s’écrit grâce à l’archéologie

Depuis 2006, le 10 mai marque une journée commémorative de l’abolition de l’esclavage  La date de commémoration correspond à l’adoption par le Parlement, le 10 mai 2001, de la loi Taubira “reconnaissant la traite négrière et transatlantique et l’esclavage”. “Après 1848 (année de son abolition, NDLR), l’esclavage a disparu du roman national. Il a été remplacé par le silence et la honte”, soulignait en mai 2012, au cours d’un colloque, Françoise Vergès, du Comité pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage. Lequel aurait entraîné la déportation de quelque 20 millions d’Africains.

article signé Laurent Ribadeau Dumas et publié sur le site de frantvinfo.fr, le 10 05 2019

L’esclavage a été aboli en 1833 dans les colonies britanniques, en 1860 dans les colonies néerlandaises, en 1865 aux Etats-Unis d’Amérique. En France, sa suppression définitive est intervenue le 27 avril 1848, sous l’impulsion de Victor Schoelcher. Il avait été aboli une première fois en février 1794 (sous la Convention) puis rétabli sous Bonaparte en 1802.

“Individus surexploités”

Depuis les années 1990, l’archéologie participe de manière importante à l’écriture de cette page sombre de l’histoire humaine en général, occidentale en particulier. “Certains évènements ont entraîné un déclic. Comme en 1995, lorsque deux cyclones ont notamment frappé la plage de l’anse Sainte-Marguerite en Guadeloupe révélant de nombreux ossements humains”, expliquait en 2018 à franceinfo Thomas Romon, de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) et l’un des deux commissaires scientifiques de l’exposition “Tromelin, l’île des esclaves oubliés”.

Coupe longitudinale d\'un navire esclavagiste et plan du pont, montrant les esclaves entassés dans la soute. Lithographie pour l\'ouvrage : \"Galerie complète en tableaux fidèles des peuples d\'Afrique\", de Friedrich Wilhelm Goedsche (1785-1863), édition Meissen (Allemagne), 1835-1840.
Coupe longitudinale d’un navire esclavagiste et plan du pont, montrant les esclaves entassés dans la soute. Lithographie pour l’ouvrage : “Galerie complète en tableaux fidèles des peuples d’Afrique”, de Friedrich Wilhelm Goedsche (1785-1863), édition Meissen (Allemagne), 1835-1840. (AFP – Florilegius/leemage)

Un ancien cimetière d’esclaves réapparaissait ainsi fortuitement. Les découvertes réalisées par la suite sur de tels sites révèlent notamment que les individus enterrés étaient “en moyenne âgés de 30 ans”“Ils portaient des marqueurs de dégénérescence, notamment d’arthrose, prouvant un usage intensif de toutes les articulations. Un phénomène que l’on constate habituellement chez des sujets âgés. C’est là un argument pour dire que ces individus devaient être surexploités”, ajoutait-il.

L’“archéocapsule” du musée de l’Homme, développée notamment par Thomas Romon, présente plusieurs découvertes archéologiques faites en Afrique et aux Amériques. Elle “montre au travers de courts textes, d’illustrations et de photographies comment les apports récents de l’archéologie ont renouvelé l’histoire de l’esclavage et comment l’approche de cette dernière par des vestiges matériels (traite, vie quotidienne, rites funéraires…) enrichit et complexifie notre perception des esclaves”, explique le site de l’Inrap.

“Refuges temporaires”

Exemple parmi d’autres : le mont Kasigau, au sud du Kenya, où ont ainsi été mis au jour les vestiges d’une trentaine d’abris naturels fortifiés. Lesquels ont servi, au XVIIIe et le XIXe, de refuges temporaires à ceux qui fuyaient les razzias de la traite négrière sur la côte.