Seine-Saint-Denis : ces prisonniers ouvrent l’œil sur la détresse des autres

Le dispositif des codétenus de soutien, qui vise à prévenir les suicides, est né à la maison d’arrêt de Villepinte en 2010. Il se développe ailleurs.

article signé carole Sterlé publié sur le site leparisien.fr, le 01 07 2019

Chorale, petits fours maison et concert de louanges. C’est presque jour de fête à la maison d’arrêt de Seine-Saint-Denis, à Villepinte, cet après-midi de juin. Les familles de quelques prisonniers ont été conviées dans le gymnase aux murs passés, qui sert de salle de réception.

« Vous êtes les héros du jour ! » lance la directrice Anne-Lise Maisonneuve aux nouveaux « codétenus de soutien ». Ou « CDS », comme se nomment eux-mêmes ces prisonniers qui ouvrent l’œil sur la détresse des autres, afin de prévenir les suicides. Né à Villepinte il y a dix ans, le dispositif existe aussi à Bois-d’Arcy, Poissy (Yvelines), Fresnes (Val-de-Marne) et Réau (Seine-et-Marne).

« Il faut avoir les ressorts psychologiques »

Les CDS peuvent être prévenus ou déjà condamnés. La priorité est donnée à ceux qui restent incarcérés au moins un an. « Il faut avoir les ressorts psychologiques pour aborder une crise suicidaire », insiste Frédi Duprat, directeur adjoint à Villepinte.

Exit les détenus signalés pour des troubles du comportement (35 % selon l’administration pénitentiaire) ou ne sachant ni lire ni écrire (20 %). Car il faut être capable de lire et rédiger un courrier. Il n’y a aucune contrepartie ni rétribution, assure la direction.

Huit pour six bâtiments

Ceux qui sont partants doivent valider une formation aux premiers secours par la Croix Rouge et une journée de sensibilisation à l’écoute. Ensuite, ils sont affectés à un bâtiment, pas forcément le leur. Actuellement, à Villepinte, ils sont huit pour six bâtiments, dans cette prison conçue pour 588 hommes et qui en accueille près du double.

« La prévention du suicide commence dès l’arrivée des détenus. Le risque peut être signalé par un magistrat, et est aussi évalué par des professionnels à l’entrée (administration, soignants, enseignants, travailleurs sociaux…, NDLR) », insiste le directeur adjoint de la maison d’arrêt.

Travail de vigilance

Les CDS ont vocation à participer au travail de vigilance. Les surveillants aussi sont formés. Et tous les quinze jours, la commission de prévention suicide réunit tous les intervenants en milieu carcéral (détention, insertion, sanitaire, PJJ).

« Mettre l’accent sur la prévention primaire »

« Au début du dispositif, certains avaient du mal à aider les condamnés pour viol, ça a même été très très dur de les convaincre, mais on a réussi ! » note Christiane Calais, référente départementale prison-justice, qui connaît tous les codétenus de soutien. Elle sort de sa poche, une lettre de remerciement d’un ancien prisonnier. « Être codétenu de soutien n’a pas été une tâche facile. J’ai appris à prendre du recul et le sens des responsabilités », écrit-il.