Le terroriste Jean-Michel Clain vivait dans un immeuble de standing à Raqqa

«Je voyais des hommes venir ici tous les jours, je les entendais même parler, car on est juste derrière ma boutique.»

Quelques instants plus tôt, l’homme a reconnu sur photo Jean-Michel et Fabien Clain. «Le premier habitait par ici, l’autre, je le voyais juste passer. Le plus souvent ils partaient tard le soir». Il montre les photos des deux frères à un homme installé dans un fauteuil. Celui-ci se soulève de son siège, comme s’il avait vu un fantôme. «Oui, je me souviens d’eux, ils étaient souvent dans le quartier».

La ville a beau être sous le contrôle des forces démocratiques syriennes, l’homme semble terrorisé.

Plusieurs grands sacs plastiques blancs sont stockés dans un coin, au milieu des poubelles. À l’intérieur, nous retrouvons de nombreux documents de l’organisation terroriste, qui indiquent que ce bureau était destiné à gérer l’administration des combattants étrangers et de leurs familles.

Chaque jour, des hommes défilaient ici pour demander une attestation, de l’argent ou une autorisation de se déplacer. De l’un des sacs, nous sortons un grand cahier rouge, dans lequel toutes les dépenses du département des combattants étrangers sont notées. Leur nationalité, la date de la demande et l’utilisation de la somme : tout est consigné. On peut y lire qu’Abu Othman al Faransi, plus connu sous le nom de Jean-Michel Clain, a reçu la somme de 5 000 dollars pour des frais de missions, sans plus de précision sur l’objet précis de celle-ci. Certains noms reviennent plusieurs fois. Un certain Abu Mohamed al Jazaeri reçoit régulièrement des sommes très importantes, allant jusqu’à 200 000 dollars.

D’une pochette plastique poussiéreuse, nous sortons ensuite plusieurs cartes plastifiées noires, semblables à des badges. Chacune porte le nom d’un membre de l’EI, sa date d’arrivée et sa localisation. Ce sont les laissez-passer de l’organisation, qui autorisaient leurs détenteurs à voyager librement dans tout le territoire de l’EI. Chacune est numérotée : Abu Omar al Faransi (le Français) est par exemple le numéro 129.

Dans un autre sac, une pile de feuilles collées. Sur chacune est inscrit le même serment d’allégeance. Tout nouvel arrivant au sein de l’organisation y inscrivait son nom et sa date d’arrivée. Chacun promettait alors de ne jamais sortir des frontières de l’organisation terroriste et acceptait, s’il enfreignait cette règle, d’être soumis à une lourde peine. Sur le côté, un escalier descend sous terre. «C’est là qu’ils allaient se cacher lors des bombardements» nous assure un habitant du quartier. Des décombres, nous sortons un document en français : le numéro 6 de «Dar Al Islam» magazine de propagande de l’EI, auquel contribuaient les francophones, dont les frères Clain, de la cellule médiatique.