Le terroriste Jean-Michel Clain vivait dans un immeuble de standing à Raqqa

Parmi les djihadistes venus s’installer à Raqqa, deux frères qui ont grandi entre La Réunion et Toulouse : Fabien et Jean-Michel Clain. Jean-Michel est le premier de la famille Clain à quitter Toulouse, le 14 février 2014, avec sa femme et leurs six enfants. Arrivés à Raqqa, ils s’installent au 4e étage d’un immeuble de standing. Ascenseur, faux marbre : Jean-Michel Clain bénéficie d’un traitement particulier, bien au-dessus des standards locaux.

L’appartement était auparavant la demeure du docteur Essam, pédiatre connu de Raqqa, qui a tout abandonné en partant. Aujourd’hui encore, le médecin est terrorisé à l’idée qu’«ils» puissent essayer de revenir. «Je ne reviendrai plus là-bas. Ce n’est plus chez moi», justifie-t-il, coupant court à toute autre question.

À l’intérieur de l’appartement, la famille de Jean-Michel Clain recrée une ambiance occidentale : canapé de tissu épais et moelleux, écran plat dans le salon, baignoire à jets et balcon avec vue dégagée sur la ville. Selon nos informations, la famille y serait restée jusqu’au printemps 2016.

L’épicier du bas de l’immeuble les voyait souvent passer, tôt le matin et tard le soir. «Mais on ne leur parlait pas. Nous ne pouvions pas les regarder trop longtemps. S’ils se rendaient compte qu’on les observait, c’était dangereux. On ne connaissait pas leur prénom, entre eux ils s’appelaient Abou Machin ou Abou Truc».

En face de chez Jean-Michel Clain vivaient également sa nièce, son mari et leurs enfants. Plusieurs autres familles francophones résidaient également à proximité, dont celle de Fabien Clain, que plusieurs habitants ont reconnu sur les photos que nous leur avons présentées. C’est donc très probablement depuis ce quartier que les deux frères ont revendiqué les attaques du 13 novembre 2015.

«On ne leur parlait pas. On ne les regardait pas trop. S’ils se rendaient compte qu’on les observait, c’était dangereux.»

Jean Michel Clain aurait fini par quitter Raqqa au printemps 2016, au moment où les bombardements de la coalition s’intensifiaient, six mois avant la reprise de la ville. Avec sa famille, il prend alors la direction de la région de Deir Ezzor, vers la frontière irakienne, avant de déménager plusieurs fois et terminer sa cavale à Baghouz. C’est là qu’après son frère Fabien, mort le 20 février, Jean Michel Clain aurait succombé à ses blessures quelques jours plus tard.

«Nés» à Toulouse

Débarqués à Toulouse au milieu des années quatre-vingt-dix, les frères Clain vont devenir des incroyables propagandistes de la cause islamiste. Avec Olivier Corel, l’émir blanc d’Artigat, ils vont recruter de jeunes hommes qui au fil des années vont devenir des djihadistes forcenés. Dès 2006, plusieurs d’entre eux vont partir vers l’Irak pour se battre contre les Américains. Arrêtés, condamnés à la prison, rien n’entamera le fanatisme de ces soldats de Dieu… On peut citer Sabri Essid, mort en Syrie comme son petit frère, Thomas Barnouin considéré comme une «sachant» du groupe et actuellement entre les mains des Kurdes mais aussi les frères Merah qui ont fréquenté les frères Clain. Abdelkader Merah l’a reconnu et les services de Renseignement estiment que Mohammed Merah n’était finalement que le bras armé de ces islamistes de la première heure.

Dans le cahier rouge, 5 000 $ pour Clain

Une pièce à l’arrière d’une parfumerie. D’après plusieurs habitants du quartier, c’est là que les djihadistes étrangers se retrouvaient. Dans les décombres de ce qui était très probablement le bureau des migrations à Raqqa, le pharmacien du quartier nous indique un recoin sombre.