La démocratie peut-elle survivre à la haine?

L’explosion récente d’un vocabulaire politique nouveau et l’échange d’injures qui trop souvent prend la place du débat argumenté sont préoccupants. La communication que privilégie le président Trump contribue à un style peu cadenassé, pour user d’un euphémisme. Mais elle s’inscrit dans une histoire plus longue. Dès le début des années 1900, avant le succès politique de Trump, Newt Gringrich et son équipe avaient distribué des mémos destinés aux candidats républicains, en leur enjoignant de dénoncer leurs adversaires démocrates en les qualifiant de « lamentables », « bizarres », « parjures », « antidrapeau », « antifamille » et « traitres »[2]. Pendant la campagne de 2008, le candidat Barack Obama fut constamment accusé d’être « socialiste », né au Kenya, secrètement musulman, « anti Américain », bref de ne pas être un « vrai » Américain. La publication de son acte de naissance et la preuve de la fréquentation de son Eglise n’eurent aucun effet sur ce délire. Au cours de sa campagne présidentielle de 2016, dans les réunions électorales de style ancien, Donald Trump a contesté à Hillary Clinton sa qualité de rivale légitime en la qualifiant sans trêve de « criminelle » et en répétant inlassablement qu’elle devait « aller en prison ». Il applaudissait ses partisans scandant en hurlant : « Enfermons-là ». A la veille du scrutin, il a refusé de s’engager à admettre les résultats de l’élection présidentielle si elle ne lui était pas favorable, contestant ainsi non seulement l’honneur de l’autre candidate, mais celui de tout le système politique du pays. On s’interroge sur les conséquences dans la vie publique du premier amendement de la Constitution assurant la pleine liberté d’expression.