La démocratie peut-elle survivre à la haine?

À la lumière de l’exemple américain où le style du président élu se trouve en harmonie avec les passions d’une majorité d’électeurs (même si Hillary Clinton a recueilli plus de voix), les réactions des hommes politiques aux vœux du président de la République française paraissent encore décentes. Il n’en reste pas moins que la dénonciation des « élites » et la haine qu’elles suscitent tiennent lieu de philosophie politique à un nombre croissant de citoyens. La destruction des lieux de luxe – une des sources de l’économie française – et la dégradation des permanences des députés de la majorité et des bureaux des syndicats réformistes, les attaques personnelles contre des membres des forces de l’ordre témoignent de la diffusion d’une haine intense. Les dérives qui marquent inévitablement le maintien de l’ordre par des forces de l’ordre sollicitées depuis des mois renforcent le phénomène en un véritable cercle vicieux. Cette haine généralisée est inquiétante dans la mesure où la démocratie est un régime où chaque citoyen doit respecter la dignité de l’autre, même s’il s’oppose à lui dans ses choix politiques.

La haine est dysfonctionnelle. Si elle règne sans contrôle, elle peut être une étape dans les processus par lesquels les démocraties, fragiles, pourraient mourir. Les démocrates peuvent avoir – doivent avoir – des adversaires politiques, mais ils ne doivent pas avoir d’ennemis.

[1]. Monique Dagnaud, « Réguler Internet ? Même pas en rêve », Telos, 10 novembre 2019.

[2] Précisions empruntées à Steven Levitsky, Daniel Ziblatt, La Mort des démocraties, Calmann-Lévy, coll. « Liberté de l’esprit », 2019 (2018).