Jeunes francophones d’Afrique et d’ailleurs, parlez dans le mégaphone des “Haut-Parleurs”

Zoom sur les Haut-Parleurs, un réseau de reporters qui, depuis 2015, donnent de la voix via TV5 Monde, YouTube et les réseaux sociaux sur les cinq continents.

article de Sandrine Berthaud-Clair publié sur le site lemonde.fr/afrique le 0 9 09 2019

Leur emblème est un mégaphone, symbole des luttes sociales du XXe siècle, mais leur verbe haut en couleur est diffusé sur la nouvelle agora du XXIe siècle : les réseaux sociaux. Les Haut-Parleurs, premier réseau de jeunes reporters francophones, donnent de la voix depuis plusieurs continents et font leur place dans le foisonnement cacophonique des plateformes vidéo et des communautés numériques.

Né à Paris dans la discrétion il y a presque quatre ans, le réseau compte aujourd’hui plus de 150 reporters répartis en Europe, en Amérique du Nord et en Amérique latine, en Asie, en Océanie et bien sûr en Afrique, deuxième continent où le français est parlé par le plus grand nombre d’habitants. La page Facebook des Haut-Parleurs est désormais suivie par près de 170 000 personnes et le total cumulé des vidéos publiées sur leur chaîne YouTube s’élève à plus de 4 millions. Depuis novembre 2015, pas moins de 410 vidéos ont été produites.

L’idée de ce réseau a germé dans la tête de la Française Claire Leproust Maroko, qui a fondé en 2014 FabLabChannel, une agence de production visuelle soutenue depuis ses débuts par TV5 Monde, la chaîne du service public à vocation internationale. Son objet ? Profiter de la révolution numérique pour donner la parole aux jeunes sur les sujets qui les touchent directement. Rapidement, « un premier constat s’est imposé, explique Claire Leproust Maroko au Monde Afrique. Très peu d’étudiants ou de jeunes journalistes qui savaient filmer et raconter des histoires s’étaient emparés des plateformes vidéo comme YouTube. Mais l’idée n’était pas de les formater à un exercice journalistique classique. Au contraire, il fallait leur permettre de parler de leur société avec une liberté totale de sujets et de ton et leur donner la possibilité d’exprimer leur personnalité. »

Partager avec sa communauté

L’ambition est donc moins de former de futurs journalistes que d’apprendre aux jeunes à embrasser la complexité d’un sujet qui leur tient à cœur, à bâtir un récit ou un début d’enquête pour pouvoir le partager avec leur communauté, susciter le débat, encourager à s’engager et faire bouger les mentalités. Ils sont donc parfois journalistes – en devenir ou confirmés – mais aussi militants, cinéastes, blogueurs, rappeurs, slameurs, cinéastes, poètes, musiciens ou ambianceurs.

En Afrique, les Haut-Parleurs sont désormais une cinquantaine, issus de la plupart des pays francophones (Algérie, Tunisie, Maroc, Sénégal, Togo, Bénin, Mali, Mauritanie, Côte d’Ivoire, Burkina Faso, Guinée, Cameroun, Gabon…), et parlent de leurs préoccupations, qu’il s’agisse du travail, de la liberté d’expression, de l’amour, de la fin des tabous sociaux et d’une longue liste d’autres sujets.

A travers des formats cours de quatre à sept minutes, Houlèye, Redha, Xuman, Laura, Thameur ou Momo invitent donc leur communauté, et au-delà, à réfléchir aussi bien sur la difficulté des jeunes femmes célibataires à se loger à Alger que sur la pêche artisanale à Kerkennah (Tunisie), le harcèlement sexuel dont sont victimes les Ivoiriennes au travail et à l’école, le déni qui fait obstacle à la lutte contre le virus Ebola en République démocratique du Congo (RDC) ou le repassage des seins des jeunes adolescentes… L’un slame avec le courage de ses 27 ans pour en finir avec la dictature au Togo, en proie à une crise politique et sociale qui ne trouve pas d’issue ; un autre dénonce en reggae l’indifférence et l’hypocrisie des dirigeants africains et européens face à la tragédie des migrants engloutis par la Méditerranée ; un troisième raconte en dessins l’histoire des luttes féministes des Tunisiennes.