Projet européen coLAB : les réfugiés partagent leurs savoirs à l’université

Alors que la crise des réfugiés occupe régulièrement les premières pages des journaux et des magazines d’actualité depuis quelques années, un rapport du Conseil de l’Europe décrit des réactions d’hostilité et de méfiance vis-à-vis des réfugiés et des migrants, parfois plus prononcées dans certains pays européens (Georgiou et Zaborowski, 2017).

article signé , maître de conférence à l’Université Clermont Auvergne et publié sur le site theconversation.com, le 19 04 2019

Pour de nombreux citoyens, les réfugiés sont des individus dans le besoin. Et bien entendu, dans une certaine limite, ils le sont, mais leur identité est loin de se réduire à cette situation. Ils ont également des compétences et une expertise qu’ils peuvent partager avec la société d’accueil.

C’est dans ce contexte qu’avec trois autres établissements d’enseignement supérieur – l’Institut des Hautes Études des Communications Sociales à Bruxelles (Belgique), le London College of Communication à Londres (Royaume-Uni) et la Libera Università Maria Ss. Assunta à Rome (Italie) – l’Université Clermont Auvergne a réfléchi à une manière originale de contribuer à l’intégration des réfugiés dans la société.

Une réflexion collective

C’est ainsi qu’est né le projet coLAB, financé par le programme « Democratic and Inclusive School Culture in Operation » (DISCO) du Conseil de l’Europe et de l’Union européenne. Pour cela, les quatre partenaires ont mis en place, pendant 18 mois, une expérimentation qui a permis à des réfugiés de partager leurs connaissances avec les étudiants, en assurant des cours.

Au départ, l’idée a émergé de l’IHECS, à Bruxelles, qui a contacté ses partenaires internationaux pour réfléchir à une réponse dans le cadre d’un appel à projets européens. Il proposait de travailler plus particulièrement sur l’inclusion des réfugiés dans la société et souhaitait construire un projet permettant de changer la manière d’aborder la question migratoire en inversant la logique actuelle : la personne migrante nous apporte une plus-value par son savoir et son expérience.

Nous avons discuté à quatre, affiné le projet en croisant nos pratiques d’enseignement et en l’adaptant à différents contextes réglementaires. De la sélection des enseignants au protocole d’évaluation, les étapes du projet ont été construites ensemble, afin de réfléchir collectivement à la manière dont ce genre de dispositif pouvait être développé dans plusieurs pays européens.

Au final, la création de notre consortium a permis non seulement de bénéficier d’un soutien financier pour déployer le dispositif, mais elle a également contribué à lui donner une richesse d’approches qu’il n’aurait pas eues autrement.

Des compétences variées

À l’Université Clermont Auvergne (UCA), cinq réfugiés ont participé au projet en assurant des cours magistraux et des travaux dirigés. Le recrutement s’est fait sur la base de plusieurs critères : les compétences linguistiques, les compétences techniques, la motivation, les expériences professionnelles passées, etc. Pour trouver des candidats potentiels, les acteurs locaux et nationaux du monde socio-économique et du monde associatif ont relayé l’information dans leurs réseaux et, à la fin du mois de juin 2018, cinq personnes étaient sélectionnées.