Du Saint-Louis à l’Aquarius, un principe: le non refoulement des réfugiés

Un bateau navigue en pleine mer, à son bord, des hommes, des femmes, des enfants, fuyant des persécutions, des traitements inhumains et dégradants… ils aspirent à obtenir une protection sur un territoire qui n’est pas celui de leur pays d’origine, ce dernier ne pouvant garantir cette sécurité. Le navire cherche un port où débarquer ces réfugiés, il ne fait face qu’à des refus, peu importe les États sollicités. Ce paquebot se nomme le Saint-Louis. Il quitte le port d’Hambourg le 13 mai 1939, à huit heures du soir. A son bord, 937 passagers, la plupart sont des juifs fuyant les persécutions de l’Allemagne nazi. Le vaisseau vogue initialement vers Cuba, disposé à l’origine pour les accueillir. Cependant, le 27 mai, les portes de la Havane demeurent closes. Faisant route vers les États-Unis, le bâtiment fait face au même rejet, Roosevelt refuse leur accès, son secrétaire d’État Cordell Hull veille à ce que les gardes côtes américains s’assurent qu’aucun réfugié ne s’échappe du navire pour rejoindre les côtes des Etats-Unis. Après une dernière tentative infructueuse au Canada, le Saint-Louis est dans l’obligation de retourner vers l’Europe, les réfugiés seront pour certains accueillis au Royaume-Uni, mais également en France, en Belgique et aux Pays-Bas. Nous sommes le 17 juin 1939, ces trois derniers pays ne tarderont pas à être sous le joug de l’occupation allemande…

Article publié par Guillaume Landry – Doctorant en droit public

« L’histoire est une galerie de tableaux où il y a peu d’originaux et beaucoup de copies » disait Alexis de Tocqueville. De nombreux évènements peuvent rappeler celui du Saint-Louis, l’Aquarius en Méditerranée en est une copie de plus.

Vendredi 10 aout, 141 personnes, hommes, femmes, enfants, sont secourus par l’Aquarius. L’Italie et Malte refusent d’ouvrir leurs ports. Mateo Salvini, ministre italien, se range derrière le fait que le bateau est un bien allemand, battant un pavillon de Gibraltar, utilisé par une ONG française. L’Espagne et la France quant à eux expriment le besoin de discuter et de trouver un accord avec les autres Etats de l’Union européenne, tout en refusant implicitement leurs ports qui ne seraient ni les lieux les plus sûrs, ni les plus proches. Tous se renvoient la balle, invoquant des considérations de droit maritime en les tordant à leurs guises. Un principe essentiel des droits fondamentaux de la personne humaine et du droit d’asile est volontairement oublié dans les déclarations politiques, le principe du non-refoulement.