Les chiffres des réfugiés en Europe depuis 60 ans pour en finir avec les fantasmes

Pour les élections européennes, la question migratoire est au coeur des programmes de plusieurs partis. Le HuffPost vous propose de remonter le temps pour mieux comprendre la crise des migrants actuelle

article signé Grégory Rozières et Matthieu Balu publié sur le site huffingtonpost.fr, le  22 05 2019

A quelques jours du scrutin, les candidats des 34 listes aux élections européennes font campagne pour engranger des votes et s’imposer le dimanche 26 mai. Si les sujets sont nombreux, l’immigration est aujourd’hui au coeur du programme de plusieurs partis.

 

C’est d’ailleurs la question considérée comme la plus difficile concernant l’avenir de l’Union européenne pour 25% des Français, selon un récent sondage YouGov pour Le Figaro. C’est aussi une question sur laquelle on entend tout et n’importe quoi. Même des chefs de parti, comme Marine Le Penou Nicolas Dupont-Aignan, ont diffusé des informations fausses sur le sujet.

Il faut dire que le débat est sensible, depuis la crise des migrants de 2015, et les données objectives pas si évidentes ni simples à analyser. Pour essayer d’y voir plus clair, Le HuffPost a essayé de faire un point historique sur la question: l’UE traverse-t-elle une crise véritablement sans précédent? Retrouvez dans notre vidéo  un aperçu commenté de l’évolution du nombre de réfugiés et demandeurs d’asile dans les pays européens depuis 1950.

Pour traiter avec précision cette question, nous avons notamment interrogé Philippe Rygiel, chercheur au CNRS et spécialiste de l’histoire des migrations dans l’espace européen.

D’autres crises plus importantes

Nous avons choisi d’utiliser les données du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, qui répertorie les réfugiés et demandeurs d’asile partout dans le monde depuis plus de 60 ans. Le graphique dans la vidéo représente les demandeurs d’asiles et réfugiés par pays d’accueil européen.

C’est un choix qui écarte les migrations économiques, par exemple, mais rendu nécessaire par la difficulté à trouver des données constantes dans le temps. De plus, le prisme des réfugiés est intéressant pour éclairer la crise migratoire européenne actuelle et l’ancrer dans une histoire et un contexte. Tout en rappelant que la définition du réfugié a évolué dans le temps.

“Par rapport à la crise de 2015, il y a eu des moments dans l’histoire récente bien plus intenses. Par exemple, dans les années 20, on comptait environ 25 millions de réfugiés, avec le début des politiques antisémites, les suites de la révolution d’Octobre, la fin de la Première guerre mondiale”, rappelle Philippe Rygiel. Même chose après la Seconde guerre mondiale. “La différence en Europe par rapport à aujourd’hui, c’est qu’à ces deux époques, ce sont des réfugiés européens”, précise le chercheur, professeur à l’université Paris 10.

Un flux extérieur à l’Europe et peu lisible

De fait, l’afflux de réfugiés non européens actuel n’est pas une première. Son ampleur et sa réception, si. “Il y a deux précédents qui ont donné lieu à des exodes massifs, ce sont les Latino-Américains dans les années 70 et les réfugiés d’Asie du Sud-Est”″, détaille Philippe Rygiel. Avec des contextes bien particuliers: d’un côté, les réfugiés étaient vus comme victimes d’un communisme en expansion, en Asie. De l’autre, en Amérique du Sud, ce sont des personnes chassées par les dictatures fascistes.