Coronavirus à Boissy-Saint-Léger : le quotidien «invivable» au foyer de travailleurs étrangers

Près de 280 résidents y sont confinés dans les minuscules chambres de ce foyer de travailleurs étrangers. Tous dénoncent les mauvaises conditions sanitaires du site et craignent que le Covid-19 se répande dans le bâtiment.
Article par Corentin Lesueur publié sur le site lepraisien.fr, le 01 04 2020

La déambulation quotidienne de Vic et de son litre d’eau de javel ne surprend plus grand monde, au foyer Adoma. Depuis dix jours, le sexagénaire sort de sa petite chambre pour asperger les portes, poignées et sols du 2e étage du bâtiment de l’avenue Charles-de-Gaulle, à Boissy-Saint-Léger (Val de Marne). Entre deux coups de pschitt, il dit : « J’ai trop peur que le coronavirus arrive jusqu’à nous. Faut que personne le chope ici, sinon ce sera une vraie catastrophe ».

Dressé au cœur de la cité de La Haie-Griselle, le foyer de travailleurs étrangers, géré par Adoma (ex-Sonacotra), accueille près de 280 résidents. Des habitants, souvent âgés et à la santé chancelante, qui partagent tout (cuisines, toilettes, douches) sauf leur chambre individuelle. Un réduit de 7 m 2 que les occupants comparent à des « cellules de prison ». Surtout quand le dehors est interdit pour limiter la propagation du Covid-19.
« Bloquer des gens là-dedans c’est inhumain, on n’est pas à Guantanamo », tempête Thierry. Lui répète qu’il portera bientôt plainte contre Adoma, « pour non-assistance à personne en danger », et bombe le torse en assumant de rester à l’air libre bien plus longtemps qu’autorisé par son attestation.

«Si le virus rentre dans le foyer, ce sera pire que dans un Ehpad»
« Y’a beaucoup plus de chances de choper le corona à l’intérieur que dehors, campe cet homme de 57 ans, sans boulot et là depuis 18 mois. Si le virus rentre dans le foyer ce sera pire que dans un Ehpad. Ce sera une hécatombe. »

« A ce jour, l’ARS et les services hospitaliers ne signalent aucun cas de Covid au sein de ce foyer, précise Adoma. Si une telle situation devait se présenter […], nous avons prévu de mettre à disposition des personnes malades un grand logement vacant au rez-de-chaussée. »

Des parties communes qui inquiètent
Mais la peur domine parmi les habitants rencontrés ce mercredi. Tous dénoncent la « saleté » de parties communes dont ils peuvent difficilement se passer, et l’« abandon » du bailleur, Adoma, qui n’assurerait pas le strict minimum sanitaire. Surtout depuis l’épidémie, quand les « contacts » et « zones où tout le monde touche » font craindre le pire aux locataires.