En France, on meurt parce qu’on est une femme

On connaît tous cette statistique: une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son conjoint. Mais sa réalité est bien différente de ce que j’imaginais.

Parfois, germent des idées dérangées et/ou dérangeantes dans les esprits des journalistes. C’est ce qui a dû m’arriver l’an dernier, le soir où j’ai mis en place sur mon adresse mail une alerte Google sur les termes «femme + mort» et «femme + homicide» avec une récurrence quotidienne.

Ca veut dire que depuis des mois, tous les soirs, je reçois deux mails me faisant la liste des publications parues ce jour sur la partie de l’internet recensée par Google et contenant ces termes.

Au milieu des méandres marécageux de mon esprit, il y avait tout de même un objectif. Je cherchais à avoir un aperçu des décès de femmes commis par leurs proches, et principalement par leurs conjoints. (J’ai vu quelques cas de fils ayant tué leur mère mais très peu.) Je voulais mesurer l’ampleur du phénomène et constater par moi-même cette statisque qu’on connaît tous: une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son conjoint.

Le ministère (ou secrétariat d’État) publie des statistiques par année révolue. Mais pour les années en cours, on est obligés de passer par la couverture en PQR: elle recoupe presque exactement les chiffres officiels. La PQR traite à peu près tous les cas de morts violentes, à tel point qu’on aboutit aussi à un décès tous les trois jours.

Mais j’ai découvert que cette statistique est en grande partie fausse. Pas le chiffre évidemment –malgré quelques variations selon les années, et les périodes de l’année. Ces derniers mois, j’ai pu constater des semaines au bilan très lourd. D’autres où il ne se passait rien sans que je parvienne à m’expliquer ces fluctuations. Il y a des moments de l’année plus meurtriers: les fêtes familiales notamment. Parfois, le conjoint choisit la date d’anniversaire de la victime.

C’est surtout la formulation de la statistique qui s’est révélée fausse. «Sous les coups de son conjoint». Ça me faisait penser qu’il s’agissait de femmes battues dont la tête avait un jour heurté plus violemment le carrelage de la cuisine ou dont le conjoint n’avait cette fois là pas voulu s’arrêter avant l’hémorragie mortelle. D’ailleurs, ce genre de campagne de sensibilisation véhicule le même stéréotype.

femmes-violences

En réalité, ce n’est pas une gifle ou un coup de pied qui aurait malencontreusement entraîné la mort. L’homicide involontaire est l’exception, il représente moins de 10% des cas. Bien sûr, avant la mise à mort, il y a souvent eu des violences mais ces femmes ne meurent pas de coups. Elles meurent parce qu’on a décidé de les tuer. Dans plus de 90% des cas, il y a volonté de tuer. Pénalement ce sont des meurtres – parfois même avec préméditation, ce qu’englobe l’assassinat. En France en 2017, on tue sa femme en général de deux façons: on la plante au couteau ou on lui tire dessus avec une arme à feu, souvent un fusil de chasse.