Tribune : « La lutte contre l’antisémtisme doit être le combat de tous »

Plusieurs tribunes contre l’antisémitisme sont actuellement publiées et répondent à celle du 22 avril. Le Crif vous propose d’en découvrir certaines, ainsi que les commentaires qui ont pu s’en dégager. Aujourd’hui, la tribune, publiée dans Le Monde, de cinquante signataires, dont Mario Stasi et Laurence Rossignol, qui expliquent que la haine renouvelée contre les juifs n’est pas seulement le fait des islamistes, mais également une obsession de certains courants politiques.
tribune reproduite sur le site de SOS racisme  mais initialement publiée le 3 mai 2018 dans Le Monde

Tribune. « L’antisémitisme est l’affaire de tous », clament à raison plus de 250 signataires, après avoir publié dans Le Parisien, dimanche 22 avril, une tribune contre « le nouvel antisémitisme ». Cette tribune s’alarme, à juste titre, de l’insupportable regain des crimes et délits antisémites. Depuis une dizaine d’années, des juifs ont été assassinés en France, parce que juifs ! La parole antisémite s’est libérée et a franchi la ligne rouge qui mobilisait des millions de Français dans la rue pendant les soixante ans qui ont suivi la Shoah et la collaboration vichyste.

Cet appel souligne, à raison, le rôle délétère des islamistes et de leurs réseaux idéologiques, lesquels partagent les obsessions antisémites de l’extrême droite et d’une partie de la gauche radicale. Il est hors de question de minorer cette réalité.

Pourtant, il fait l’impasse sur l’autre carburant de cette résurgence de l’antisémitisme qu’est la montée des populismes nationalistes. Plus grave encore, en enfermant cette dénonciation dans une opposition identitaire à une communauté musulmane voulue uniforme, en l’essentialisant dans l’injonction à modifier le Coran, il alimente le fantasme d’une « oumma » que tente de faire advenir l’idéologie des islamistes. Enfin, en mêlant des signataires honorables à des figures proches de la droite identitaire, il décuple le risque de confusion.

Antisionisme radical

Les préjugés antisémites sont très forts dans toute l’Europe, et ils touchent toutes les classes sociales et toutes les confessions, comme l’indiquent les études les plus récentes. Toujours vivace à l’extrême droite, l’antisémitisme a trouvé, depuis les années 1960, un nouveau masque sous la forme d’un antisionisme radical qui reprend les stéréotypes de l’influence occulte des juifs, notamment en laissant croire que toute critique de la politique israélienne est interdite. Dieudonné et ses réseaux l’ont bien compris en désignant à la vindicte « les sionistes » pour tenter d’échapper aux lois qui punissent en France les discours de haine.

On se souvient d’appels à tuer les juifs qui ont fusé dans la rue en juillet 2014, dans le silence d’une partie de la gauche radicale présente dans ces cortèges, et aussi de ceux entendus à « Jour de colère » en janvier de la même année, patchwork de militants d’extrême droite, adeptes d’Alain Soral, proches de Civitas, du Printemps français, de La Manif pour tous, et des supports de Dieudonné, des pro-Assad, des pro-Hezbollah, tous réunis par la même obsession.

La lutte contre l’antisémitisme est indissociable du combat antiraciste, égalitaire, républicain et unitaire

L’antisémitisme islamiste se nourrit tout à la fois de préjugés antisémites liés aux théories du complot – nul n’ignore le succès dans le monde arabe des Protocoles des sages de Sion – et d’une cause palestinienne instrumentalisée. Le djihadisme takfiriste véhicule toutes les haines et commande toutes les tueries : celles des juifs, des homosexuels, des femmes, des mécréants, des minorités religieuses, y compris musulmanes.