Qui sont les ahmadis, «persécutés» en Algérie, qui prônent la laïcité?

L’arrestation, le 28 août 2017, de Mohamed Fali, président de la communauté ahmadie algérienne, a mis en lumière la répression que subit cette minorité en Algérie. 286 personnes, dont cinq femmes, responsables ou simples fidèles âgés de 20 à 71 ans, ont été poursuivies. Human Rights Watch demande l’arrêt des persécutions.

«La persécution des ahmadis, ainsi que le discours de haine proféré par des ministres du gouvernement, montre une intolérance envers les croyances minoritaires, qu’elles se disent islamiques ou non», a déclaré Sarah Leah Whitson, directrice de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. «Les autorités devraient libérer immédiatement Mohamed Fali et les autres ahmadis algériens et cesser de s’en prendre à cette minorité sans défense.»

Fondé par Mirza Ghulam Ahmad à la fin du XIXe siècle dans le nord de l’Inde, l’ahmadisme n’a pris racine en Algérie qu’à partir de 2007, quand une chaîne de télévision du mouvement a pu être captée par satellite dans le pays. Pendant presque 10 ans, les ahmadis d’Algérie ont pratiqué librement et discrètement. Si discrètement que la plupart des Algériens n’ont découvert leur existence qu’en juin 2016, lorsqu’a commencé la répression médiatisée du mouvement, qualifié de «secte» par les autorités algériennes.

«Libertés religieuses malmenées» 
L’islam est religion d’Etat en Algérie, où domine la doctrine malékite sunnite. Mais la Constitution garantit la liberté de culte, sous réserve d’agrément des autorités pour le lieu de culte et le prédicateur. Ce que n’ont jamais demandé les ahmadis, estimant qu’ils ne l’obtiendraient jamais.

Le 2 juin 2016, le chef du mouvement ahmadi algérien, Mohamed Fali, commerçant de 44 ans, et son adjoint sont arrêtés, leurs domiciles perquisitionnés et leurs passeports confisqués, peu après avoir finalement sollicité auprès du ministère de l’Intérieur l’enregistrement d’une association caritative.

Depuis cette date, 286 personnes ont été poursuivies, selon Mohamed Fali. Toutes ont été condamnées à des peines de prison allant de 3 mois avec sursis à 4 ans ferme, sauf trois, qui se sont vu infliger des amendes.

 

Laïcité et non-violence 
Bien qu’il se revendique musulman, l’ahmadisme a été déclaré secte non liée à l’islam en 1973 par l’Organisation de la coopération islamique (OCI) – dont l’Algérie est membre  – et ses fidèles, estimés à environ 10 millions dans 190 pays, sont victimes de nombreuses persécutions à travers le monde.

En Algérie, les ahmadis se disent environ 2.000. Suscitant la méfiance, voire l’opprobre de leurs compatriotes, ils font profil bas et se réunissent clandestinement chez les uns ou les autres pour prier, ne disposant d’aucune mosquée ou lieu de prière officiel.