Une démocratie forte se doit de combattre le racisme

[Tribune] La législation contre le racisme et l’antisémitisme relevant de la loi sur la presse, il suffit de s’abriter derrière sa liberté d’expression pour passer entre les gouttes.

une tribune signée François Rachline, écrivain et publiée sur le site Slate.fr, le 20 06 2018

Lors d’un congrès de la Lica, en 1938, un ligueur prit la parole pour tempérer l’ire de ses camarades contre les accords de Munich. Il cherchait des excuses à Daladier, tout en minimisant les torts d’Hitler. Cela déclencha un grand chahut. Impossible pour lui de reprendre la parole, les injures couvraient sa voix, de plus en plus nombreuses et de plus en plus virulentes.

Le vice-président de la Ligue, Lazare Rachline, qui m’a rapporté ce fait, fit taire l’assistance en déclarant: «Laissez-le parler. Notre ami a parfaitement le droit de devenir un salaud». Les rires ont vaincu là où les insultes avaient échoué. Peut-on adopter la même philosophie à l’égard des propos racistes et antisémites?

Délictualisation

Dans un système de liberté de pensée comme l’est une vraie démocratie, il semble évident de permettre à chacun d’exprimer ses opinions et de les défendre, quelles qu’elles soient. Le premier amendement de la Constitution des États-Unis le soutient.

En France, la liberté d’expression est affirmée par l’article 11 de la Déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen, dont s’est inspirée la loi du 29 juillet 1881 pour définir les libertés ainsi que les responsabilités de la presse.

Celle du 1er juillet 1972 (dite loi Pleven), a créé trois délits: injure, diffamation à caractère raciste et provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence raciale. Cela revenait à dire que les propos racistes et antisémites cessaient en France d’être une opinion et devenaient délictueux. Ils peuvent être punis d’une amende (jusqu’à 45.000€ pour diffamation raciale publique) ou de prison ferme (jusqu’à un an).

Cependant, depuis cette date, les condamnations ont été rares et la plupart des jugements assortis de sursis, notamment parce que leurs tenants s’évertuent à travailler leurs discours subtilement, pour contourner la loi. C’est qu’il n’est pas non plus aussi facile que cela de définir précisément le racisme et l’antisémitisme.

Race et espèce

La plupart des dictionnaires fournissent une double définition. D’une part, le racisme est une idéologie qui postule l’existence de races humaines, en les hiérarchisant; d’autre part, et par extension, il témoigne d’un comportement hostile envers un groupe d’individus, ce dont témoigne, notamment, l’antisémitisme. Ces deux approches débouchent rapidement sur la discrimination ou l’ostracisme.