Catherine Kintzler : « la laïcité a produit plus de libertés que ne l’a fait aucune religion »

Catherine Kintzler, professeur honoraire à l’université de Lille III et vice-présidente de la société de philosophie, a enseigné une vingtaine d’années en lycée. Ses domaines de recherche touchent à la philosophie de l’art et à la philosophie politique. Son livre Penser la laïcité paru en 2014 aux éditions Minerve, est considéré comme un ouvrage de référence. Elle y propose une réflexion exigeante et passionnante sur le concept de laïcité, illustrée par de nombreux exemples. Dans la première partie de cet entretien, elle revient sur la définition de ce concept.

Au vu de la longeur de l’entretien, nous avons choisi de ne vous en présenter que deux extraits, les plus accessibles. Si vous désirez lire l’ensemble des propos de Catherine Kintzler, vous suivrez ce lien vers le site de la revue des deux mondes sur lequel l’entretien original a été publié le 15 01 2018 

Extraits :

Revue des Deux Mondes – L’ « efficacité de la laïcité se mesure au degré de liberté qu’elle permet », écrivez-vous dans le même livre. En quoi liberté et laïcité sont-elles indissolublement liées ?

Catherine Kintzler – Le régime de laïcité combine deux principes et distingue de ce fait deux domaines. D’une part ce qui participe de l’autorité publique s’abstient au sujet des croyances et incroyances – c’est le principe de laïcité stricto sensu. Mais il ne faut pas oublier l’autre aspect, qui donne sens au principe précédent et qui est conditionné par lui : partout ailleurs y compris en public, c’est la liberté d’expression qui s’exerce dans le cadre du droit commun. On peut avoir la croyance ou l’incroyance qu’on veut, la manifester publiquement, pourvu que cela respecte le droit commun.

Par exemple, c’est en vertu du principe de laïcité que les monuments publics et les lieux où s’exerce l’autorité publique (tribunaux, salles de conseil municipal, etc.) ne peuvent pas porter de signes religieux depuis la loi de 1905, que les magistrats et les fonctionnaires sont tenus à la réserve en matière de croyance et d’incroyance dans le cadre de leurs fonctions, qu’il est interdit de marquer par des signes des « carrés confessionnels » dans les cimetières (où seules les sépultures peuvent porter des emblèmes religieux).

« Ce n’est pas comme signe religieux que le voile intégral est interdit dans la rue, mais parce qu’il est une des façons de masquer volontairement son visage. »

Mais cela ne confine pas l’expression religieuse dans l’intimité, loin de là : on peut porter un signe religieux (ou d’incroyance) en public (dans la rue, les transports, au restaurant, etc.), s’exprimer publiquement sur des sujets religieux, écrire et publier librement, manifester son appartenance religieuse, dire tout le bien – ou tout le mal – qu’on pense de telle ou telle religion, de telle ou telle doctrine. Prenons l’exemple de l’école : le même élève qui devra observer la discrétion quant à l’affichage religieux durant sa scolarité à l’école publique n’y sera pas astreint en tant que candidat à un examen.

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