L’élue LREM enlevée et séquestrée par ses proches fait face à sa “camisole familiale”

Le père, le frère et les oncles de Mounia Haddad ont comparu pour séquestration et enlèvement. Des peines de prison ferme ont été requises.

Par Publié sur le dite du nouvelobs.com le 28 septembre 2018 à 11h25

C’est l’histoire d’une jeune femme amoureuse et émancipée, victime de traditions patriarcales d’un autre âge et d’une famille prête à tout pour les lui imposer. Celle d’un foyer où les hommes – le père, les oncles ou le frère – estiment qu’ils ont leur mot à dire, et bien plus que cela, sur les choix de vie des filles, fussent-elles devenues des femmes majeures et même des élues de la République. Ce 27 septembre, c’est cette histoire que le tribunal de Tours a jugée : celle de Mounia Haddad, 29 ans, conseillère départementale de La République en Marche depuis trois ans, enlevée et séquestrée par son père et deux oncles en juillet dernier, et menacée de mort par son frère. Motif : Mounia était partie avant l’été vivre sa vie dans le Sud avec Slimane, un garçon qu’elle fréquentait depuis six ans. Une relation violemment rejetée par son paternel qui avait d’autres projets pour sa fille.

La “chouchou” de la famille

“Je lui ai toujours laissé le choix”,  a pourtant assuré à la barre ce père, Karim, 54 ans, d’origine kabyle. Toute l’audience a démontré le contraire. Du début à la fin, Mounia Haddad, épaulée par son compagnon, a gardé la tête baissée, les yeux cachés dans ses mains, en larmes. Pendant que son père, s’appuyant sur des béquilles, expliquait qu’elle ne disait “que des mensonges !”. Dans cette famille, Mounia a longtemps fait la fierté de ses parents. Pudique, “coquette”, dixit ses collègues, “soumise” pour d’autres. Elle voulait “être présente” pour ses parents, “les honorer “, dit-elle. C’était la “chouchou”, assure son oncle Omar. Lorsqu’elle se lance en politique, ses parents la soutiennent. Une fois élue, elle glisse leur dossier pour qu’ils obtiennent une maison en HLM. Elle ne leur réclame jamais rien. “La seule chose que j’ai demandée, c’est de me marier”, explique d’une voix blanche la jeune femme aux longs cheveux blonds. Avec l’homme de son choix. C’était beaucoup trop.

Comme beaucoup de jeunes femmes, elle a longtemps gardé son histoire d’amour cachée. “J’attendais d’être sûre de moi, prête.” Jusqu’en septembre 2017. Les parents de Slimane demandent alors au père de Mounia la main de leur fille. Refus net. Pour la jeune femme, c’est parce que Slimane est petit-fils de harkis. “Non”, assure à la barre son père qui tente confusément de justifier sa position. “Ce qui m’a énervé, c’était qu’il y avait trop de pression.”