Malnutrition, torture, travail forcé… En Libye, les migrants affrontent l’enfer

Un chalutier affrété par un mouvement xénophobe a pris la mer pour signaler les bateaux de migrants aux garde-côtes libyens afin qu’ils les ramènent de l’autre côté de la Méditerranée. Mais… où exactement ?

Depuis une dizaine de jours, le C-Star, un bateau de 40 mètres a pris la mer pour rejoindre la Méditerranée. Il a été affrété par “Defend Europe”, une opération montée entre autres par le mouvement d’extrême droite Génération identitaire (GI). Son objectif : lutter contre l’immigration illégale, considérée comme une “menace” qui pourrait “changer le visage de notre continent”. Premiers coupables désignés de cette “invasion” : les ONG, renvoyées dos à dos avec les “trafiquants d’êtres humains”, tous jugés responsables de l’afflux, voire de la mort, des migrants.

Forte de cette analyse tordue, “Defend Europe” se pare de vertus humanitaires en annonçant qu’elle souhaite sauver de la noyade les naufragés de la Méditerranée. Comment ? En les renvoyant en Libye tout en omettant que cette terre est aujourd’hui particulièrement inhospitalière. Parti de Djibouti, le C-Star est pour le moment bloqué dans le canal de Suez, rapporte le quotidien anglais “The Independent”, faute d’avoir pu présenter une liste correcte de l’équipage.

Violences dans les camps de rétention

Qu’arrive-t-il concrètement aux migrants renvoyés en Libye ? Ils sont envoyés dans l’un des 28 à 30 camps de rétention disséminés dans le pays. Des structures régulièrement critiquées par les (vrais) humanitaires. Hanan Salah, chercheuse pour Human Rights Watch (HRW), spécialiste de la Libye, énumère :

Depuis des années, nous alertons sur les conditions de détention inhumaines, sur la surpopulation, les mauvais traitements, la malnutrition…”

Elle va encore plus loin : “En Libye, le régime a opté pour un système carcéral, à la différence de la Tunisie ou de l’Egypte par exemple”, explique Jean-Guy Vataux, chef de mission pour Médecins sans frontières (MSF) en Libye. Les migrants sont victimes de violences propres à cet univers carcéral – surpopulation et tensions entre détenus par exemple – et de violences des gardiens eux-mêmes.”

Une fois enfermés dans ces camps, les migrants sont censés être rapatriés dans leur pays d’origine, sous l’égide de l’Organisation internationale des migrations (OIM). Mais bien souvent, ils restent enfermés pendant des jours ou des semaines avant d’être mis dehors grâce à un contrat de travail contracté en Libye, ou en corrompant les gardiens. La chercheuse de HRW observe :

“Le plus grand problème est le désespoir total que ressentent les détenus. Qu’ils soient demandeurs d’asiles, réfugiés ou simples migrants économiques, tous n’ont qu’une alternative : retourner chez eux ou attendre un miracle.”

Un pays dans le chaos

Ces camps sont “censés être dirigés par le ministère de l’Intérieur du gouvernement d’union nationale, soutenu par l’ONU. Mais dans les faits, beaucoup d’entre eux sont gérés par des milices beaucoup moins scrupuleuses”, accuse Hanan Salah.

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