Propos antisémites à Paris : la double personnalité de la professeur d’anglais

Anne G, enseignante au prestigieux lycée Janson-de-Sailly exposait des thèses racistes et négationnistes sur Facebook. Son procès en correctionnel s’est tenu ce mercredi.

Il y a la Anne G. du jour, professeur agrégée d’anglais, enseignante en classes préparatoires littéraires au prestigieux lycée Janson-de-Sailly (XVIe), qui présente des états de service irréprochables depuis dix ans. Et puis, il y a la Anne G. du soir, de la nuit, dans la solitude de son appartement. Celle qui dévoile sa part d’ombre sur les réseaux sociaux, déversant des torrents de propos antisémites, négationnistes, complotistes. L’admiratrice de l’humoriste controversé Dieudonné, et de l’essayiste, qui l’est tout autant, Alain Soral.

 

Sur son compte Facebook, que peuvent consulter 900 « amis », parmi lesquels figurent nombre des ses anciens étudiants de khâgne, la quinquagénaire affirme que « la Shoah a été prévue et organisée par des Juifs », conteste les meurtres commis par Mohamed Merah, le tueur de Toulouse, et les frères Kouachi, auteur de l’attentat sanglant de Charlie Hebdo. Qualifie les Juifs de « symptômes », pointe François Hollande, qui dissimulerait « ses origines juives ».

Malade bipolaire ou antisémite ?

Anne G. est-elle cette femme malade, « bipolaire », comme le plaidait ce mercredi son avocat, Me Philippe Meilhac devant le tribunal correctionnel ? Ou bien « l’antisémite militante », aux propos parfaitement construits autour de thèses racistes et négationnistes, comme le martèlent les quatre conseils des associations antiracistes, parties civiles ?

Anne G., suspendue et en arrêt maladie jusqu’au mois de février prochain, et sous traitement psychiatrique, n’est pas venue s’en expliquer devant la justice. L’affaire a éclaté au cœur de l’été 2016, par un signalement du rectorat au procureur de la République, après la révélation des écrits de l’enseignante dans le Canard Enchaîné. Mais les parties civiles l’affirment, ses premiers « dérapages », comme elle a elle-même qualifié ses écrits devant les policiers, remonteraient au moins à l’année 2012. L’un des avocats a même retrouvé la trace de messages postés sur Facebook, dans lesquels l’enseignante affirmait que les cercueils du père de famille et de ses deux petits garçons, tombés sous les balles de Merah, avaient été inhumés vides en Israël.

« Une perte de contrôle », « Je regrette », avait-elle encore dit aux enquêteurs, expliquant avoir été diagnostiquée bipolaire et affirmant avoir été extrêmement marquée par les assassinats de Mohamed Merah et l’attentat de Charlie Hebdo en 2015. « Le jour, elle va bien, le soir elle devient folle, ironise l’avocat du Bureau de vigilance contre l’antisémitisme, qui a porté plainte contre l’enseignante. Mais sa pathologie ne l’empêche étrangement pas d’enseigner tout à fait normalement… ». Se défendant de toute « stratégie de défense », Me Meilhac, décrit l’attitude compulsive de la professeur, le lourd traitement psychiatrique suivi aujourd’hui, « véritable alternative à l’internement » : « Facebook était devenu une sorte d’exutoire ».