Les soldats venus d’Afrique à l’honneur pour les 75 ans du débarquement de Provence

Cet appel a été entendu. Emmanuel Macron sera bien présent aux cérémonies et il sera même accompagné par ses homologues africains, les présidents ivoirien Alassane Ouattara et guinéen Alpha Condé. Pour Pascal Blanchard, il était impensable de ne pas marquer par un geste fort ces 75 ans. “Nous sommes à la veille de l’année de l’Afrique prévue en 2020. C’est une histoire qui nous est commune et qui résonne en nous”, estime ce spécialiste de l’histoire coloniale française. “Sans ces 90 % de combattants qui venaient d’Afrique et qui ont fait le sacrifice de débarquer sur ces plages, nous ne serions peut-être pas là aujourd’hui en train de défendre des valeurs communes”.

“Une politique de blanchiment”

Le 15 août 1944, peu après minuit, les premiers soldats français des commandos d’Afrique escaladent la falaise du cap Nègre, situé à l’est du Lavandou. Parallèlement, les commandos américains et canadiens de la force spéciale “Sitka” pénètrent sur les îles du Levant et de Port-Cros. Enfin, le groupe naval d’assaut français, chargé d’opérations de sabotage, débarque à la pointe de l’Esquillon, à l’ouest de Cannes. Le lendemain, l’armée B pose le pied à Cavalaire.

En moins de quinze jours, la Provence est libérée. “Sur le moment, on le savait, on l’a glorifié, mais on ne le montrait pas. Il est très difficile de trouver des images. Il n’y avait pratiquement pas de troupes noires qui défilaient”, décrit l’historienne Catherine Coquery-Vidrovitch, également signataire de cette tribune. “Il y a eu une politique de blanchiment. De Gaulle devait absolument montrer que la France avait été résistante. Il fallait donc que cette résistance soit blanche et métropolitaine”, poursuit cette spécialiste d’histoire de l’Afrique. “Cela a aussi été accentuée par la pression américaine. Les États-Unis ne voulaient pas qu’on voit des hommes de couleur se battre. Cela était contraire à leur principe de ségrégation. Ils ont donc demandé aux Français à ce qu’on voit le moins possible les soldats noirs.”

Résultat : à l’automne 1944, ce blanchiment des troupes coloniales entraîne le retrait du front de milliers de tirailleurs sénégalais et leur remplacement par des résistants des Forces françaises de l’intérieur (F.F.I.) au sein de la première armée française. Les raisons officielles invoquées sont alors le froid et l’incapacité des soldats africains à supporter l’hiver.

Les troupes de l’empire colonial sont toutefois bien présentes en juin 1945 lors du défilé de la victoire à Paris, mais peu à peu leur histoire est occultée.

                                                                 

En 1959 au moment de la décolonisation, un décret gèle le montant des pensions des ressortissants des anciennes colonies ayant servi dans l’administration ou l’armée française.  En 2002, le gouvernement français débloque partiellement la revalorisation de la pension de ces soldats “oubliés”. Mais celle-ci, calculée en fonction du niveau de vie du pays de résidence, reste inférieure à celle des combattants français. Quatre ans plus tard, le film “Indigènes”, réalisé par Rachid Bouchareb, met un coup de projecteur sur cette situation en abordant le sacrifice des soldats nord-africains dans la libération de la France. En 2010, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, les pensions de tous les anciens combattants, quels que soient leur nationalité et leur lieu de résidence, sont enfin alignées.

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