Gabriel Le Bomin : « L’histoire des tirailleurs sénégalais n’a pas été beaucoup racontée »

Il est connu pour avoir réalisé des documentaires fortement politisés. Dans Nos Patriotes, Gabriel Le Bomin réalise un beau récit sur un tirailleur sénégalais adopté dans une famille française, sur fond de résistance. Rencontre.

Ce film est-il un message de rappel pour dire à la France de ne jamais oublier l’apport des tirailleurs sénégalais à la résistance ?

Ce film est avant tout une histoire magnifique, celle d’Addi Ba, ce tirailleur sénégalais qui va, contre toute attente, faire un choix : celui de rester dans la France occupée. Il veut continuer à se battre clandestinement et de monter le premier réseau de résistance des Vosges, avec d’autres, des villageois et des fermiers notamment. Ce groupe invente ce qui ne s’appelle pas encore la résistance, improvise quelque chose qui n’a pas de référence, dans une sorte de bricolage héroïque. Ce qui est intéressant dans l’Histoire, c’est quand elle nous tend des miroirs. Elle nous invite à nous interroger sur notre époque. Dans Nos patriotes, il est évident qu’il y a des thématiques et des interrogations qui renvoient à des questions d’aujourd’hui. Qu’est-ce qu’être différent ? Qu’est-ce qu’être avec les autres ? Qu’est-ce que faire partie d’un groupe, en partageant les mêmes valeurs, en étant issu de parcours et de religions différentes ? Toutes ces questions sont dans ce film, qui ne veut néanmoins pas faire une leçon de morale.

On entend le discours d’Addi Bâ, qui déconstruit le discours raciste par l’ironie, le ridiculisant ainsi, ce qui fait qu’il se fait rapidement adopter dans tous les lieux où il se trouve.

Votre analyse est intéressante. Comment ce personnage, qui vient de ce qu’on appelait « l’Empire », qui a passé un temps en France, en est venu à épouser la culture française et se dire que ses racines se sont construites ici ? Il est par ailleurs confronté à un racisme ordinaire, une monnaie courante à l’époque. L’Empire était assez loin, et les représentants de ce qu’on appelle la colonisation sont regardés comme des personnes venant d’ailleurs. Il répond, à ceux qui lui disent qu’il est noir donc qu’il vient forcément d’Afrique, qu’il connaît très bien la Riviera, les châteaux de la Loire. Il leur raconte qu’il a fait le Tour de France alors que la famille qui l’accueille n’est jamais sortie de chez elle. Cela peut effectivement être traité de façon comique, comme on peut le voir dans le film.

“Nous sommes dans une époque où il faut exister d’abord individuellement”

Le film est tiré du livre Le terroriste noir de Tierno Monenembo. Comment êtes-vous tombé dessus ? Comment vous est venu l’envie de l’adapter ?