Norvège : les amours contrariées d’un ministre d’extrême droite et d’une réfugiée iranienne

Un ministre d’extrême droite a dû démissionner en raison de son idylle avec une réfugiée musulmane avec qui il est parti en secret en excursion en Iran.

article publié sur le site du Point le 21 08 2018

L’amour est aveugle, dit-on. En Norvège, le numéro deux du parti d’extrême droite, anti-immigration et anti-islam, est tombé amoureux d’une réfugiée musulmane. Quand on est de surcroît membre du gouvernement, il y a une contradiction ingérable. Le ministre, Per Sandberg, a dû donner sa démission. D’autant plus que ce n’était pas la seule difficulté que cette affaire a créée pour lui. Toute sa carrière politique est désormais encalminée.

Il pourrait, à première vue, s’agir d’un épisode banal. Après tout, qu’un homme de 58 ans s’éprenne d’une jolie femme de 30 ans sa cadette, c’est commun. Mais qu’il parte avec elle faire du tourisme dans le pays d’origine de la dame, l’Iran, comme si de rien n’était et sans prévenir ses collègues du gouvernement, de surcroît en emportant dans ses bagages son téléphone de service, il y a là plusieurs interdits violés.

Manipulée par les renseignements iraniens ?

L’ancienne reine de beauté, Bahareh Letnes, 28 ans, avait expliqué aux autorités norvégiennes, pour obtenir l’asile, qu’elle ne pouvait pas retourner dans son pays au risque d’y être mariée de force par sa famille. Pourtant, une fois en Iran, loin d’opter pour la discrétion, elle a posté quotidiennement sur les réseaux sociaux des photos du voyage avec son amoureux.

ministre d'extrême droite
Capture d’écran du compte instagram de Bahareh Letne

 

Le service norvégien de contre-espionnage, Politiets Sikkerhetstjeneste (PST), s’est ému de l’amourette, n’excluant pas que la réfugiée puisse être manipulée par les services iraniens pour cibler un membre éminent du gouvernement. Per Sandberg était ministre des Pêches, responsable à ce titre de la plus importante ressource de la Norvège après les hydrocarbures. Le PST considère que l’Iran est l’un des trois pays, avec la Russie et la Chine, menant les activités d’espionnage les plus intenses à Oslo. Les agents ont demandé dès le retour du ministre à examiner son téléphone portable officiel, expliquant qu’il contenait, sinon des informations secrètes, du moins des listes de contacts confidentiels ainsi que des mots de passe et des numéros de téléphone sensibles.

Un livre sur l’amour et le voyage…

Le ministre a tenté de se justifier en affirmant qu’il avait eu « de bonnes raisons » de dissimuler son voyage car il ne voulait pas que son épouse légitime, qui se trouve être secrétaire d’État au ministère de la Santé, l’apprenne. Il a expliqué aussi que l’Iran était un magnifique pays pour y faire du tourisme.